Les ingénieurs sont un peu comme les médecins. Ils utilisent des termes savants pour désigner des choses simples : les médecins disent «réséquer» pour «couper» ou «céphalée» pour «mal de tête». Les premiers, s’agissant du vélo, aiment bien dire que les aménagements sont «cycloconformes», ou pas.
«Cycloconforme». Un joli mot pour désigner un aménagement adapté au vélo. Dans le cas inverse, cela atténue le problème, un aménagement «non cycloconforme» passant pour quelque chose qui ne serait simplement pas adapté spécifiquement à la circulation de cycles. Alors que le bon mot est tout simplement «dangereux».
Une amie s’est ainsi blessée récemment en chutant à vélo. «Toute seule», diront les statistiques, puisque sa chute n’a pas été causée par un autre usager de la route. Ce que les statistiques ne diront pas forcément, c’est que sa chute a été causée par une bordure, sur une route récemment refaite à Fully. Cette même bordure que je dénonçais ici même en 2021. Une bordure dont les ingénieurs savent qu’elle n’est pas «cycloconforme». Et que fait-on pour ne pas les poser? Qu’a-t-on fait pour y remédier, ici et ailleurs? Rien.
Que fera-t-on après cet accident qui aurait pu être très grave (en chutant devant une auto, par exemple)? Probablement rien. J’adorerais me tromper.
On pourrait déjà utiliser les bons mots et parler d’aménagements «dangereux» plutôt que «non cycloconformes». Et il y en a tout plein, malheureusement. Ce qui n’est pas drôle dans cette histoire, c’est que, quand il s’agit de créer des accès pour les automobiles avec leurs gros pneus, on sait très bien aménager de belles bordures larges, lisses et biseautées.



À l’heure où il faut développer le réseau cyclable, on pourrait aussi commencer par éliminer les dangers connus (et largement signalés par les usagers sur une plateforme comme Bikeable.ch) de la voirie existante. Merci à ce titre pour les interventions récentes sur les berges du Rhône entre Leytron et Saillon, où plusieurs trous et bosses ont été réparés.
Ailleurs, même si l’on se dit que quelqu’un devrait répondre des dangers connus (et signalés), on semble s’en préoccuper comme de sa première paire de chaussettes. Pas grave, ce n’est pas vraiment dangereux, juste pas «cycloconforme»…