J’en suis à mon 3e Specialized Crux, le modèle de cyclocross de la marque. Le premier, au cadre aluminium n’a pratiquement été utilisé que pour du cyclocross, un peu pour aller bosser quand la météo était mauvaise. Il a aussi servi de «support» pour tester le groupe MicroSHIFT Centos pour Vélo Romand et mon fils l’a utilisé lors de notre traversée familiale du Jura, de Bâle à Morges par l’itinéraire VTT Jura Bike (Suisse Mobile n° 3) en été 2020.

Crux 2020

Puis j’ai eu la chance de rouler, en cyclocross d’abord, avec un Crux carbone de 2020. Un régal après quelques années du modèle alu, qui n’a pas démérité, mais qui était forcément moins «incisif» que le nouveau venu, plus léger et réactif. C’est peu dire que je m’y suis immédiatement senti à l’aise et en confiance. Au point que j’en ai aussi fait mon vélo de route l’an dernier, après avoir vendu deux autres Specialized, le Roubaix (route) et le Diverge (gravel). Ce dernier avait aussi été mis à l’épreuve de la polyvalence à l’occasion d’un camp avec la Fédération cycliste valaisanne. Avec succès.

Je n’ai jamais eu à me plaindre de mon Crux 2020 sur la route. La seule limite reste le pédalier monoplateau. S’il fait hurler les puristes de la ligne de chaîne (j’ai dû changer le plateau, tellement «poncé» qu’il laissait échapper la chaîne au moindre trou dans la chaussée) c’est surtout le compromis en termes de développement qui peut s’avérer limitant. Avec un plateau de 40 dents et une cassette 11-32, le plus gros développement impose une cadence un peu folle dès 45 km/h en descente (compétiteurs s’abstenir) et le braquet le plus court peut s’avérer un peu «limite» lors d’une grosse sortie montagneuse ou dans des «bosses» un peu raides. Mais sinon, la simplicité du monoplateau limite le risque de problèmes et l’ensemble s’est avéré très efficace.

J’ai donc employé ce Crux en cyclocross, sur la route, mais aussi en «gravel», comme lors de l’Eroica valaisanne à l’automne 2021. Là, j’avoue qu’entre Loèche et Loèche les Bains, je n’aurais pas refusé un double plateau… Mais ça a passé et plutôt bien.

Cyclocross de Corbières, décembre 2021. Photo Yves Corminboeuf.

Et s’il fallait encore signaler une corde à l’arc de ce Crux, j’ajouterais que mon fils Tibor l’a enfourché pour aller rejoindre ses amis en vacances en Croatie à l’été 2021. Même avec des sacoches, il avance…

Ce vélo a donc servi pour les courses de cyclocross, une course de gravel, du vélo de route «hors compétition» et comme vélo de voyage. Pas mal, non?

Crux 2022, toujours plus polyvalent

Chez Specialized on a, semble-t-il, décidé d’assumer totalement la polyvalence de ce Crux en poussant le concept un petit bout. Principal ajustement, car la géométrie très réussie n’a que peu changé, cadre et fourche font de la place à des pneumatiques de 700×47 mm, contre 38-40 pour l’ancien (pas de problème à la fourche, mais les bases étaient bien plus étroites). Vous pourrez même monter des pneus de VTT en 2,1 sur des roues 650B.

Montage « route » avec les roues carbone Roval Alpinist et pneumatiques (un peu étroits) de 26 mm. À peine plus de 7 kg et redoutable d’efficacité.

Le cadre est prévu pour un montage «monoplateau» SRAM, mais accepte les doubles plateaux Shimano et SRAM avec commandes électriques (pas de monte mécanique possible en double plateau, semble-t-il).

Comme j’ai de la chance, j’ai obtenu pour test un groupe Shimano Ultegra Di2 (à lire bientôt sur le site de Vélo Romand) que je me suis empressé de faire monter sur un cadre de Crux 2022. Et là, avec un double plateau 50-34 et une cassette 11-34, la polyvalence de ce vélo n’en est que plus redoutable. Avec une double paire de roues, je ne vois pas trop ce qui va pouvoir l’arrêter.

Sur la route, avec des roues Roval Alpinist CL (le modèle «économique»), c’est une fusée, bien aidée par un poids contenu à 7 kg. Mais une fusée confortable, sans l’effet «coup de pied aux fesses» d’un cadre ultrarigide. Lors des premières sorties, avec de «petits» pneus (pour moi) en 26 mm j’ai retrouvé l’héritage d’un Specialized Roubaix (sans les « supensions ») en termes de confort, tout en étant plus vif et généreux à la relance. Visuellement, seuls les espaces généreux aux passages de roues à la fourche et entres les bases arrière, peuvent faire un peu «bizarre» et permettent de le distinguer d’un Aethos. Il y a bien sûr un peu de ce dernier dans ce nouveau Crux, mais aussi pas mal d’ancien Crux, ainsi qu’une touche de Roubaix, voire de Diverge. Il ne manquerait que quelques inserts pour sacoches pour étendre encore son rayon d’action, mais on ne va pas trop pousser le bouchon quand même…

Montage « gravel » avec roues DT alu et pneus de 42 mm. Redoutable de confort.

Fusée sur la route, le Crux le reste en «gravel», même si je devrai pour ma part attendre que le terrain sèche un peu pour apprécier son rendement à sa juste valeur. Pas facile en hiver, avec un pilote pas au top de sa forme qui s’escrime pour ne pas rester «collé» sur des chemins en gravier aujourd’hui tout mous, car gorgés d’eau. Mais les premiers essais avec les pneus Pathfinder (Specialized) en 42 mm sont encourageants et même assez bluffants sur la route, avec un confort de roulement sans pareil. Il fera aussi un excellent vélo de ville ainsi équipé, faisant oublier nids-de-poule et autres bordures mal rabotées.

Pour les essais en cyclocross, je vais attendre l’automne prochain, mais je me réjouis déjà d’emmener ce Crux 2022 sur quelques sentiers de montagne durant l’été. Presque un retour aux sources et à l’époque de nos VTT «tout rigides» des débuts.

Alors non, ce n’était pas forcément mieux avant. Mais rouler comme avant avec les vélos, voire un seul, d’aujourd’hui, je dis oui!