Le parlement cantonal valaisan a adopté hier, jeudi 15 septembre 2022, la loi sur les transports publics et la mobilité douce quotidienne. Si cette loi a le mérite d’exister et de donner la possibilité aux autorités cantonales de réaliser un réseau cyclable continu et sécurisé, les députés se sont bien abstenus d’être trop directifs et ont refusé la plupart des amendements proposant quelques débuts de contraintes…

Ainsi, pas question d’inscrire dans la loi la demande d’améliorer l’intermodalité entre les transports publics et les modes doux, ni de prendre des mesures pour augmenter la part modale de la mobilité douce quotidienne, ou encore de rendre contraignant le plan directeur cantonal de mobilité cycliste.

Par contre, l’Etat peut (mais ne doit pas) participer au financement communal des aménagements cyclables. Pour le législateur, le «réseau de voies cyclables comprend les liaisons routières interconnectées, intercommunales et continues destinées aux cyclistes», ce qui laisse tout loisir de ne rien faire hors des liaisons entre les communes… Même le terme «interconnecté» fait peur à certains, car jugé trop ambitieux et source potentielle de dépenses.

À pied, à vélo, en train, l’intermodalité en action. Mais surtout ne pas l’améliorer…

L’Etat peut également octroyer des subventions aux communes pour l’élaboration de plan de mobilité et la réalisation et l’entretien des infrastructures destinées à la mobilité douce quotidienne et au stationnement. Encore une possibilité sans contrainte, ni mesure ou exigence de qualité, qui suspendra les réalisations au bon vouloir des personnes en place.

Le Service de la mobilité reçoit pour sa part le mandat de développer et entretenir le réseau cantonal de mobilité cycliste quotidienne. Ce qui est évidemment une bonne chose, mais les diverses réalisations sont bien sûr tributaires des moyens attribués au travers du budget de l’État.

«Chacun doit avoir le choix.» Plus vrai que jamais…

On peut ainsi craindre que rien ne bouge très vite, tant la majorité de droite du parlement s’est empressée de vider la loi de tout ce qui pourrait avoir un caractère contraignant et mesurable dans la création d’aménagements cyclables. «Il ne faut pas opposer les modes de transport; chacun doit avoir le choix de se déplacer comme il le souhaite; l’état ne doit pas imposer un mode de transport à la population; il n’y a pas d’un côté les gentils vélos et les méchantes voitures…» Autant de phrases et d’arguments que l’on a pu entendre à plusieurs reprises durant les débats et qui ont surtout pour visée de ne rien changer.

Le choix, justement, n’existe pas aujourd’hui. Ou si peu. Si mal. On l’entend d’ailleurs souvent: «Je n’ai pas le choix que de prendre la voiture.» Alors chers décideurs politiques, c’est tout ce que l’on vous demande: rendez ce choix possible! A ceux qui veulent se déplacer en transports publics, à vélo ou à pied, car aujourd’hui, ce sont eux qui n’ont pas le choix (ou le font en devant vivre dangereusement) après des décennies d’inaction politique, malgré les exigences légales, et d’absence « d’opposition » à la voiture individuelle.

« Ne pas opposer les modes de transport… » Demander à la voiture de faire un peu de place aux autres, c’est « opposer »?

Aujourd’hui, il s’agit non pas d’opposer les gens, mais bien de demander au mode de transport qui a pris toute la place d’en faire un peu aux autres afin de rendre le choix de chacun possible. Personne ne sera obligé à rien, mais tout doit être possible.

Même se rendre à pied et à vélo au travail ou à l’école. C’est trop demander?