« De toutes façons, aujourd’hui, les cyclistes vous vous croyez tout permis », me lance cet énergumène qui vient de me talonner, de nuit, et de me faire chuter en ce vendredi soir sur les berges du Rhône entre Branson et Vers l’Eglise, à Fully.

Crétin.

D’abord, à ce moment-là, je ne suis pas forcément « cycliste ». Je suis juste un père de famille, qui rentre d’une séance entre bénévoles pour organiser les prochains entraînements de VTT pour les jeunes du village, et qui a choisi le vélo pour se déplacer. Parce que les Fol’terres, c’est un peu loin de chez moi à pied et que j’évite autant que je peux de circuler en auto. Et là, je suis en phase avec mon collégien de fiston qui a fait grève pour le climat. Et le premier qui vient m’expliquer qu’il ne s’est rendu de Brigue à Berne par une météo à ne pas mettre chat dehors que pour manquer l’école, je l’attends de pied ferme avec quelques arguments à faire valoir.

Bref, je digresse et reviens à mon crétin (je reste poli).

Ce crétin est donc en auto, à un endroit interdit à la circulation motorisée, hors trafic agricole. Il rattrape un cycliste qui roule à 28 km/h (j’avais mon GPS enclenché), le talonne, le menace de son gros tas de ferraille en faisant vrombir le moteur avant de forcer le passage et de le faire tomber. Il s’arrête tout de même.

Quand je lui fais remarquer que son attitude de décérébré a provoqué ma chute il me rétorque: « Mais tu es tombé sans même que je ne te touche ». Ce qui est vrai. Mais sauter du vélo en marche est la seule solution que j’ai trouvée pour qu’il ne me touche pas…

Quelques instants plus tôt, j’avais l’impression d’être l’automobiliste du film « Duel », poursuivi par un poids lourd.

https://youtu.be/IK4sWcbr4CI?t=1137

J’avais donc quitté les Fol’terres après un unique (il y a des témoins) verre de Fendant, la séance s’était bien déroulée et j’étais de bonne humeur. Pour éviter les autos, j’avais décidé de rentrer par les berges, cette unique voie cyclable du canton du Valais.

Les berges du Rhône, le plus souvent c’est très bien à vélo, car interdit aux autos. Lorsque l’interdit est respecté, cela va de soi.

Comme j’étais de bonne humeur, je n’ai pas trop porté attention aux phares qui sont apparus au loin derrière moi. « Un type qui habite le long des berges et qui a le droit de circuler ici », me suis-je dit, considérant que j’avais de toute façon assez d’avance pour qu’il ne me rattrape pas.

Il l’a toutefois fait assez vite, avec les conséquences connues. « J’habite là, j’ai le droit de passer ici », m’a d’abord lancé ce type dans la septantaine. C’était faux. Les bordiers ont le droit de circuler en sens inverse, sur une distance plus courte, mais comme je n’en étais pas certain, je ne lui ai pas opposé ce argument.

La photo est moche, mais le message y est. Bordiers pas davantage autorisés que les autres motorisés.

– « Pourquoi tu ne te pousses pas? C’est pas compliqué pourtant », poursuit-il.

– Je ne me pousse pas, car il n’y a pas la place pour doubler, encore moins de nuit.

– Bien sûr qu’il y a la place.

– Non, mais bref. Pourquoi t’es (il me tutoie, donc moi aussi) aussi pressé? Surtout sur une route d’abord réservée aux vélos.

– Pas du tout, j’ai le droit de passer ici.

– Peut-être. Mais comment tu fais pour me rattraper sur une route qui doit être limitée à 30 km/h, puisque en principe interdite aux motorisés.

– N’importe quoi, ici c’est limité à 60 km/h!

L’énergumène est ensuite reparti, avant de bifurquer à gauche 400 mètres plus loin (GPS en main…) et de rentrer chez lui. « Je le retrouverai », pensais-je, ma bonne humeur et l’excitation ayant fait que je ne mémorise pas sa plaque et ne le prenne pas en photo. Mal m’en a pris, car lors de ma visite sur place le lendemain matin, une habitante m’a confirmé que personne répondant au nom qu’il m’avait indiqué ne résidait à cet endroit…

« Et j’ai été cycliste avant toi », m’avait-il évidemment lancé avant de partir.

Je ne sais pas ce qui a mal tourné lorsqu’il a arrêté le vélo, ni pourquoi un tel imbécile veut être assimilé à ma personne. Surtout que je ne me sentais pas « cycliste » à ce moment-là. Juste comme un père de famille qui a choisi le vélo pour se déplacer. Mal lui en a pris.