Un vélo de 40 tonnes?

Il y a des signes qui ne trompent pas. La température s’adoucit, malgré quelques sautes d’humeur de la météo, les journées s’allongent, l’ouverture de la pêche… le printemps approche. Les cyclistes en profitent pour alléger leurs tenues hivernales et se faire plus nombreux sur routes et chemins. Seuls quelques automobilistes, parfois étourdis, souvent irrespectueux des deux roues motorisés ou non, semblent l’ignorer.
Enfermés dans leur caisse tôlée, certains automobilistes semblent en effet atteints d’une forme d’autisme lorsque débouche un véhicule à deux roues. Ils le voient sans le voir. En fait, le cyclise n’existe pas pour l’automobiliste. Comment expliquer sinon qu’il grille une fois sur deux la priorité au deux-roues? Heureusement, les années aidant, le cyclise acquiert une fine connaissance de la psychologie des automobilistes aux carrefours. Son sens de l’anticipation lui permet en général d’éviter l’accident. N’empêche que de temps en temps, je rêve de me transformer, telle la citrouille en carrosse, en chauffeur de 40 tonnes à l’approche des croisements.
Plus simplement, il suffirait que les automobilistes imaginent un 40 tonnes à la place du cycliste. A condition que leur cerveau supporte un tel effort.
Joakim Faiss

Chiennes d'allergies

Il paraît qu’il y a des chiens allergiques aux deux-roues. J’en ai rencontré. « Désolé, mais il est allergique aux cyclistes », sonna la voix de son maître, m’enjoignant de ne point bouger pour ne pas énerver la pauvre bête. Heureusement, il s’agissait d’un tout petit chien qu’une pichenette eût tôt fait de précipiter dans la vigne en contrebas. Tel n’est pas toujours le cas, comme lorsque des piétonnes effrayées par un doberman finissent leurs jours dans la Limmat.
Tel ne fut pas non plus le cas lors d’une autre escapade cycliste lorsqu’un berger allemand me barra la passage sur une route de campagne. Entre lui et moi, le vélo. La scène dura bien deux minutes, le clébard me mordillant le mollet au passage, avant que je ne remonte sur ma bicyclette et m’éloigne à une vitesse qui m’eût permis de pulvériser le record du monde de l’heure en d’autres circonstances. Le maître du berger allemand était pour sa part bien trop occupé à tailler ses arbres pour intervenir.
De toute manière, les propriétaire de chiens ont des réponses toutes prêtes. Du genre « il n’est pas méchant, il veut juste s’amuser » ou « ne vous inquiétez pas, il est gentil. » Désolé mais je ne partage pas les mêmes jeux que ces animaux et ils n’ont pas « gentil » imprimé sur le front. Dans le même genre: « Je ne comprends pas, il n’a jamais mordu personne avant. » Ça c’est certain. Avant la première fois, il n’avait jamais mordu personne.
Joakim Faiss

Petite pas reine

La ville de Stockholm s’apprête à investir un peu plus de 72 millions de francs suisses ces dix prochaines années pour améliorer la sécurité et le confort des cyclistes. Un premier « plan vélo » datant de 1998 a permis au trafic des deux-roues de progresser de 95% au centre de la capitale suédoise, relève le journal Dagens Nyheter. Le nouveau projet prévoit d’améliorer l’existant et d’y ajouter une soixantaine de pistes cyclables, entre autres mesures visant à favoriser ce moyen de transport.
Voilà qui ne peut qu’éveiller un soupçon de jalousie pour le cycliste convaincu que suis. Surtout dans un pays, le Vieux-Pays plus précisément, où le rayon des efforts en faveur de la petite reine est plutôt dégarni. On a bien les berges du Rhône fermées à la circulation automobile sur certains tronçons ou quelques litres de peinture jaune sur les routes cantonales. Deux excellents prétextes pour ne pas en faire davantage. Mais à part ça… A part ça on a des bandes cyclables qui disparaissent à l’approche des carrefours – ça fait toujours un épineux problème réglé discrètement –, des feux «intelligents» qui ne réagissent pas à l’approche des vélos, des itinéraires cyclables qui prennent tout sauf le chemin le plus court entre deux localités et un déneigement plus qu’approximatif en hiver. Alors, 72 millions pour le vélo, ça fait rêver. Un peu comme la route de la fortune…