À chaque article où l’on évoque la possibilité d’améliorer le quotidien des gens qui souhaitent se déplacer davantage à vélo, les «anti» ne manquent jamais de ressortir un argument sans fondement: «Que les cyclistes paient pour leur usage de la route et on discutera!»

Exemple avec cet article du Nouvelliste.

Et quelques commentaires, sur le site du Nouvelliste et Facebook.

Bon, vous avez compris le principe. Il est reproché aux personnes à vélo de ne pas payer pour les routes qu’ils utilisent, notamment en n’achetant pas la vignette autoroutière (normal, les vélos n’y vont pas, comme ceux qui choisissent de ne pas y aller en auto), ni les taxes sur les carburants (normal aussi, car on n’en achète pas, c’est le principe), ni d’impôt sur les véhicules (normal aussi, car c’est lié à l’utilisation d’un véhicule à moteur et les vélos électriques rapides paient par exemple comme les cyclomoteurs. Mais si on veut taxer les vélos, il faudrait aussi taxer les chaussures des piétons qui usent les trottoirs…) Oui, c’est absurde, mais ce n’est pas moi qui ai commencé 😉

Tout ce qui précède est donc vrai: les cyclistes ne paient pas ces taxes. Ce qui est vrai aussi, c’est que la plupart de ces taxes financent les routes nationales, tandis que l’impôt général sert à financer les routes cantonales et communales, celles qui sont précisément utilisées par les personnes à vélo, qui ne vont évidemment pas sur l’autoroute. Dans le tableau ci-dessous (flèches grises en bas à droite), regardez bien quelles routes sont financées par ces taxes diverses. Notez bien l’affectation des 356 millions de francs de la vignette, qui va intégralement aux routes nationales, contrairement à ce que prétend l’internaute ci-dessus.

Dans le même temps, ces cyclistes qui paient donc pour les routes cantonales et communales les usent moins que les automobilistes. Ce sont donc plutôt ces derniers qui sont «sponsorisés» par les cyclistes et pas l’inverse. Sans oublier que circuler à vélo lorsque c’est possible n’interdit pas d’être propriétaire d’une auto et de payer les taxes y-relatives.

Le trafic motorisé coûte à la société, la mobilité douce rapporte

Évoquer le « coût » des infrastructures destinées aux personnes à vélo sans voir le bénéfice en termes de santé publique et personnelle, de pollution réduite et d’effets positifs sur l’économie locale, c’est aussi oublier les coûts réels de l’automobile et son impact sur la société. Les coûts externes du trafic motorisé individuel se montent à 5,4 milliards de francs par année. Payés par tout le monde. Même les non motorisés.

Là déjà, ce n’est pas moi qui le dis, mais la Confédération. Et ailleurs dans le monde, c’est exactement pareil, comme le rapport le site « Cyclingfallacies »

Le développement du vélo profite à toute la société, même aux personnes qui n’en utilisent jamais pour se déplacer. Quand le nombre de personnes qui se déplacent à vélo augmentent, cela signifie moins d’embouteillages, plus de place dans les transports publics, moins de pollution causée par les moteurs, et une population globalement en meilleure santé.

Il faut également garder à l’esprit que la plupart des personnes qui font du vélo utilisent également des véhicules à moteur (les personnes qui n’utilisent qu’un seul mode de transport sont très rares), et paient donc les impôts correspondants. De plus, faire du vélo n’use pratiquement pas les routes, et elles ont donc besoin de moins d’entretien.

Dans la plupart des pays, la construction, l’entretien et la maintenance du réseau autoroutier est financé par les impôts sur le revenu, et les taxes sur les carburants, les véhicules, etc. ont des emplois divers, comme n’importe quelle taxe. Même en imaginant que les taxes liées à l’automobile soient exclusivement utilisées pour « payer les routes », on se trouverait quand même avec un grand vide financier du point de vue des coûts sociaux et sociétaux de l’automobile, par exemple les dommages causés par la pollution et les accidents.

Quoi qu’il en soit, personne ne demande aux gens qui se déplacent à pied de payer une taxe sur les trottoirs, et il devrait en aller de même pour le vélo, surtout étant donné que l’augmentation du nombre de vélos profite à toute la société. Est-ce que seuls les gens qui se déplacent la nuit devraient payer l’éclairage public, ou est-ce que cela profite à tous ?

Cyclingfallacies.com

Autoroute vs piste cyclable: de 20’000 à 140’000 francs le mètre contre 550

Et si l’on revient à une «vignette» pour l’utilisation des infrastructures cyclables, pas de problème. Le coût de construction d’un kilomètre d’autoroute est estimé entre 20 et 140 millions de francs, selon les conditions. Pour l’autoroute du Jura, la moyenne s’est établie à 80 millions de francs au km, soit 80’000.- CHF le mètre linéaire. En comparaison, un mètre de piste cyclable de 4m de large et en site propre revient à 550.- CHF.

Un mètre de piste cyclable coûte donc 145 fois moins qu’un mètre d’autoroute (à 80’000). Alors une vignette à 28 centimes pour autant «d’autoroutes cyclables» que pour les autos, je veux bien. Pour les autres chemins et aménagements cyclables, on prendra sur l’impôt général, comme aujourd’hui pour le trafic motorisé. Ou en compensant les 5,4 milliards que les motorisés nous coûtent à tous, histoire qu’ils paient enfin le juste prix pour leur usage des routes et de l’espace public.

Parce qu’à ce jour, les cyclistes paient pour la route qu’ils utilisent, mais n’obtiennent rien en retour, si ce n’est l’ire des automobiliste qui pensent qu’elle leur appartient.