Je descends dans le garage pour voir mon vélo (mes vélos). Comme ils sont beaux ! C’est fou comme le vélo n’arrête pas de faire d’immenses pas technologiques. La plupart d’entre eux, comme le jeu direction ahead-set et le changement de vitesse indexé, étaient inspirés par le Mountain Bike, ou, comme on dit de ce côté de l’étang, le VTT.

Mais, ce que j’ai trouvé de plus nul dans toutes ces innovations en vélo de route vient également du VTT: le triple plateau! Inefficacité totale! Trois plateaux; le plus petit a la taille d’une montre! Celui du milieu est plus grand que ce que la plupart des pros utilisent! Et le «grand» ou, comme on dit dans mon pays, «the big dog», est plutôt un chihuahua. Bref, la connerie même. Spécialement pour un vélo de route!

Mais, je ne suis pas le seul à penser ça. Gentiment, le triple plateau a été remplacé par le compact à deux plateaux. Le petit plateau avec 32 ou 34 dents et le «big dog» 50. En plus, pour être plus «triplesque», les fabricants (Shimano, Campagnolo, Sram) ont mis des pignons jusqu’à 32 dents sur les cassettes. Cette combinaison a fait la joie des cyclistes; pros, cyclosportifs et cyclotouristes inclus. Il est plus facile de grimper un col et, malgré tout, il y a assez de braquet pour le plat. Mais, mouliner un 32/30 requiert une certaine technique. Pas facile de rouler vite, dans le vide.

Au début, cette évolution a fait mon bonheur! En fait ça m’a servi comme arme secrète dans les petites courses de côte locales. Vous voyez, je suis «old school»: j’ai roulé avec les plateaux 39/53, il n’y avait que ça dans le temps. Et ça va très bien. En plus des plateaux compacts, dans mes petites courses de côte locales, j’ai eu un autre allié peu commun… Lance Armstrong!

Lance Armstrong: All American Boy, Just Do It, le Grand Moulineur. Ses jambes qui tournent comme une hélice. Amstrong a influencé le monde du vélo avec sa technique de cadence de pédalage élevée. Tout le monde aurait voulu tourner les jambes comme Lance. Et, avec les plateaux compacts et les cassettes pizza c’était possible. Alors, Lance, les plateaux compacts et les frisbees derrière, tout cela a donné naissance à ce que j’appelle… l’effet Pogo (bâton sauteur) Voyez Google – Pogo stick ! Le mariage des trois me servira pendant quelques années, avant de brusquement me trahir (je reviendrai là-dessus une autre fois)…

Une course de côte avec un triple, c’est comme d’aller à une «pool party» UDC en portant un burkini. No chance!

Sur la ligne de départ, avant chaque course, je regarde les participants. Je regarde surtout leurs vélos, et le nombre de plateaux sur leur manivelle. Et je me dis, les uns avec 3, oublie. Participer à une course de côte (pour faire un résultat) avec un triple, c’est comme d’aller à une «pool party» UDC en portant un burkini ! No chance. Pour les autres en double plateau, je peux compter sur l’effet pogo.

Une fois que la course a commencé, on était tous plus au moins égaux, sur le plat. Les mecs qui avaient regardé une course de vélo la veille sur Eurosport étaient devant, normal. Nous autres restions derrière. La route s’élève sec et le bruit du claquement de la chaîne qui passe du grand au petit plateau suit direct. Les gars avec les triples étaient toute de suite dans le chaos! Un moment sur le plateau du milieu, un moment sur celui de la montre. Et au milieu et puis à la montre! Et ainsi de suite… Bref, largués!

Moi, je me laisse dépasser par le groupe pour l’observer. Je cherche les premiers signes des pogos. Un centaine de mètres plus loin les 10% se dessinent. Et là, ça commence! Les types avec leurs bracelets jaunes en caoutchouc font l’hélice. Après peu de temps ils changent de pignon, un de moins. Mais ce rapport ne dure pas longtemps! Un de plus! Un de moins! Et ainsi de suite… Les hanches commencent à basculer comme un politicien à l’approche d’une votation. La souplesse devient limite. Que ferait Lance? Encore quatre kilomètres, avec de la pente. Lance n’est pas là, mais il reste le petit braquet. Problème: plus de vitesse de jambes, plus de souplesse dans les hanches.

Je ne suis pas encore près d’avoir Lance ou son style de pédalage comme modèle. Coppi et Merckx me vont très bien…

Une dent de moins c’est trop, une de plus et on n’avance pas… Que faire? Le pogo! On est gauche-gauche et on rebondit sur la selle avec chaque coup de pédale ! On fait en haut en bas, en haut en bas, en haut en bas. Comme sur un Pogo stick (Google vidéo)! On avance, mais seulement sur le plan vertical, pas horizontal ! L’effet pogo !!! Moi avec le 39, j’avance plutôt vers l’arrivée. Les autres, soit vers Dieu, soit vers le Diable.

C’est fait, je distance mes adversaires. L’arrivée est à 200 mètres. Je ne suis pas le premier au scratch, loin de là. Mais je gagne dans ma catégorie avec quelques petites minutes d’avance, grâce au fait que je suis le seul vieux avec un 39! Du coup, je suis assez content. Et je ne suis pas encore près d’avoir Lance ou son style de pédalage comme modèle. Coppi et Merckx me vont très bien: une autre époque, un autre style, une autre cadence. De leur temps, le Pogo stick… C’était pour les gamins!