En Valais, les cyclistes comptent pour beurre

Dans un précédent billet ([1]) j’avais évoqué les préoccupations, disons temporaires et limitées, de nos autorités cantonales quant à la promotion du vélo comme mode de transport. Les derniers mois n’ont fait que me conforter dans mon opinion.

À force de circuler à vélo sur les routes valaisannes, on découvre en effet de drôles de choses et des preuves assez tangibles du peu de cas qu’il est fait des cyclistes dans ce coin de pays. Et toutes sont des réalisations récentes. Alors que l’on pourrait (enfin) espérer un début de réflexion sur les pistes cyclables, il faut malheureusement constater que c’est le néant.

Quelques exemples

À l’entrée de Saxon, en arrivant depuis Riddes, la chaussée a été rétrécie, certainement pour ralentir le trafic. Le trottoir, lui, a conservé sa généreuse largeur. La bande cyclable? Elle disparaît, jetant les cyclistes sous les roues des automobilistes qui ne ralentiraient pas assez.

Entrée de Saxon depuis Riddes
Entrée de Saxon depuis Riddes

Entre Aproz et les Îles, le pont sur le Rhône a été refait et on en a profité pour ajouter une voie séparée pour les piétons. Pour les cyclistes? Rien. Les enfants d’Aproz qui voudraient aller aux Îles peuvent le faire à pied, non?

Pont refait à neuf entre Aproz et les Îles.
Pont refait à neuf entre Aproz et les Îles. Pour les vélo? Rien.

Cette image est plus ancienne, mais elle montre assez bien le niveau de réflexion quant à l’aménagement de pistes cyclables. Si on la supprime justement à l’endroit où elle est le plus utile, comme à un carrefour ou une sortie de gravière, je ne vois pas trop l’intérêt.

Les camions ont la priorité, cest sûr.
Les camions ont la priorité, c’est sûr.

Une route toute neuve à Martigny, en rase campagne. Deux trottoirs (utilité?) mais pas de piste cyclable, que de la peinture. Manque de place?

À la campagne, on a besoin de trottoirs, cest bien connu.
À la campagne, on a besoin de trottoirs, c’est bien connu.

J’ai déjà eu l’occasion de relever l’inutilité des bandes cyclables, cette peinture jaune censée protéger les cyclistes des tonnes de ferraille d’une voiture. Belle illustration ci-dessous, à Conthey.

Un poil étroite, non? Mais elle compte certainement dans les statistiques.
Un poil étroite, non? Mais elle compte certainement dans les statistiques.

Ou alors l’utilité d’une bande cyclable est peut-être de garer les bagnoles trop grosses pour rentrer sur une place de parc.

Making cycling dangerous - rendre le vélo dangereux - garé comme un merde

Et hop, on se retourne et on en trouve une autre. Même endroit, même heure, à Sion.

Making cycling dangerous - rendre le vélo dangereux - garé comme un merde

Parfois, les autorités, comme ici à Fully, pensent aux vélos (un peu, avec de la peinture jaune), mais feraient mieux de confier leurs réalisations à des bureaux d’aménagement qui comptent des cyclistes parmi leurs employés. Qui a pu avoir l’idée d’une réalisation aussi débile que celle ci-dessous qui envoie les cyclistes exactement en face du trafic motorisé?

À Fully on envoie les cyclistes tout droit face aux autos.
À Fully on envoie les cyclistes tout droit face aux autos.

À Charrat, ce n’est guère mieux. Là où la piste cyclable serait la plus utile, on la supprime. Mais on laisse le marquage au sol. Très cohérent et réfléchi.

Charrat: marquage au sol, mais ne pas sy fier?
Charrat: marquage au sol, mais ne pas s’y fier?

À Ardon, l’entrée ouest du village à été entièrement refaite, il y a de la place pour une chaussée de douze mètres, des trottoirs (après le giratoire, pas sur la photo), mais visiblement pas pour un giratoire intégrant une bande cyclable. Qui osera le premier rond-point adapté aux vélos en Valais? (Oui, ça existe à plein d’endroits dans le monde).

Entrée dArdon depuis Saint-Pierre de Clages.
Entrée d’Ardon depuis Saint-Pierre de Clages.

Voilà pour un petit panorama subjectif et non exhaustif. Cyclistes, on ne vous (nous) prend pas au sérieux, même si on veut vous faire croire le contraire. On peut peut-être aussi rappeler que la Loi fédérale sur l’aménagement du territoire du 22 juin 1979 ([2]) prévoit à son article 3 qu’il faut “maintenir ou créer des voies cyclables et des chemins pour piétons;”

Mais c’est sûr que 34 ans, c’est peu. Même pour commencer à réfléchir.


  1. Déjà sur Bikin’Valais… – Le lien par ici  ↩
  2. Sur le site de la Confédération – Le lien par ici  ↩
Joakim Faiss

Auteur : Joakim Faiss

Père de famille - Cycliste - Journaliste - Rédacteur chez Vélo Romand et chef ici ;-). Vélos actuels: Thömus Sliker (route), Rocky Mountain Element 970 (VTT), Specialized Diverge Expert (gravel), Specialized Crux (cyclocross), BMC Alpenchallenge (urbain). Bière préférée: Velosophe,Triple Karmeliet Pratiques:VTT, route, cyclocross. Devise:Où est le problème?

Une réflexion sur « En Valais, les cyclistes comptent pour beurre »

  1. et c’est idem pour la nouvelle LAT

    Art. 3 Principes régissant l’aménagement
    3 Les territoires réservés à l’habitat et à l’exercice des activités économiques seront aménagés selon les besoins de la population et leur étendue limitée. Il convient notamment:
    c. de maintenir ou de créer des voies cyclables et des chemins pour piétons;

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