Après le Tour en Valais, apaiser la route pour séduire les touristes

L’arrivée de la 17e étape du Tour de France cycliste le 20 juillet dernier au barrage d’Emosson, sur les hauts de Finhaut, a marqué les esprits, en Suisse et à l’étranger. À l’heure où Valais/Wallis Promotion veut profiler le canton comme destination touristique de choix pour les cyclistes, cet immense coup de projecteur est évidemment le bienvenu.

Tour de France à Finhaut-Emosson, le 20 juillet 2016. Des images qui ont fait le tour du monde.
Tour de France à Finhaut-Emosson, le 20 juillet 2016. Des images qui ont fait le tour du monde.

Mais l’essai ne sera transformé que si tous les habitants du canton prennent conscience:

  1. de l’importance du tourisme pour notre région
  2. de l’importance du créneau « cycliste » pour ce même tourisme.

Malheureusement, c’est loin d’être gagné.

Soigner l’accueil: l’affaire de chacun

Il faut certes des infrastructures adaptées pour accueillir ces cyclistes, mais souvent il s’agit de petites choses assez simples à mettre en place chez les hébergeurs: local fermé pour les vélos, un jet, quelques chiffons, une pompe et quelques outils, voire des pièces de rechange. Ajoutez-y des petits en-cas pour la route et la possibilité de manger quelque chose à toute heure, même en cas de retour en milieu d’après-midi, et vos cyclistes seront heureux.

« Le Valais est un endroit idéal pour le cyclisme », par Couleurs locales sur la RTS

Canal9 a également consacré un reportage à ce sujet, avec votre serviteur dans le rôle d’invité sur le plateau pour en parler.

Aujourd’hui, la comparaison avec d’autres destinations touristiques n’est malheureusement pas souvent à l’avantage du Valais. En juin, il s’est même trouvé des restaurateurs de la place Centrale de Martigny pour critiquer la tenue des Championnats de Suisse de cyclisme en ville. Quelques jours plus tard, en Espagne, lors d’une sortie à vélo et une petite pause café à Peralada, le patron me demande spontanément si j’ai assez d’eau dans ma gourde et si je veux des glaçons… Il me dit aussi qu’il n’a pas encore de sandwiches, mais en prépare volontiers si j’en veux. Des deux établissements, je sais dans lequel je retournerai en premier, même s’il est à 800 km d’ici.

L’accueil, c’est aussi et surtout sur la route

Le paysage, les belles routes et les séduisants chemins du Valais constituent, avec la météo souvent favorable, l’atout principal de la région. Nous disposons de ce qui se fait de mieux pour le cyclisme sur route et le VTT. Et c’est bien là que tout se joue: sur la route.

Catalans exemplaires

Certaines régions l’ont bien compris. Je séjourne assez régulièrement en Catalogne et l’expérience est assez saisissante. Alors que l’on pourrait penser que le caractère latin des automobilistes locaux les inciterait à jouer les Fangio sur la route, il n’en est rien et je l’ai déjà écrit ici. L’Espagnol, ou le Catalan selon comment on voit la chose, est extrêmement respectueux des cyclistes. S’il n’a pas la place pour doubler en franchissant la ligne blanche, il ne double pas. Jamais il ne les frôle, jamais il ne klaxonne pour dire son irritation, jamais le cycliste ne sent en danger… jusqu’à ce qu’il se fasse doubler par un touriste. Cet été, le seul coup de klaxon à mon égard a été le « tut tut » sympa d’un chauffeur de poids lourd à qui je venais d’indiquer que la voie était libre pour doubler sur une route de montagne. Même chose avec un autocar d’une ligne régulière, qui a temporisé durant ce qui semblait une éternité avant de doubler en toute sécurité.

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Les belles routes catalanes et leurs rares automobilistes, très respectueux des cyclistes.

Avec cette expérience catalane à l’esprit, le retour en Valais est malheureusement assez douloureux. Dépassements hasardeux, automobilistes qui vous doublent alors que votre volonté d’obliquer à gauche est clairement indiquée, queues de poisson, car postal qui vous serre dans le talus, klaxon agressif « pour rire », coups et blessures infligés à votre serviteur et j’en passe. Dernier épisode en date, lundi soir sur la route de la Forclaz, frôlé à moins d’un mètre et à haute vitesse par une Mazda décapotable bleue. Plaques valaisannes.

Début de journée dans la descente de Sant Pere de Rodes à Vilajuïga. #catalunya #roadbike
Début de journée dans la descente de Sant Pere de Rodes à Vilajuïga.

« En Catalogne d’importantes campagnes de sensibilisation ont permis de rendre chacun attentif à l’importance du tourisme et du respect de chacun sur les routes », me confiait un patron de restaurant à Rosas. « Il y a bien encore quelques « follos » sur les routes, mais dans l’ensemble cela s’est bien apaisé. » On peut garder espoir et se dire que ce qui a fonctionné ailleurs peut aussi marcher chez nous, car si nous avons les plus beaux paysages, les plus beaux cols et les plus belles routes, personne ne viendra si c’est pour se faire peur et risquer sa vie à chaque cent mètres à cause d’automobilistes et de chauffeurs trop pressés de, de… de quoi en fait?

Joakim Faiss

Auteur : Joakim Faiss

Père de famille - Cycliste - Journaliste - Rédacteur en chef du Magazine Vélo Romand. Vélos actuels: Thömus Sliker (route), Rocky Mountain Element 970 (VTT), Specialized Diverge Expert (gravel), Specialized Crux (cyclocross), BMC Alpenchallenge (urbain). Bière préférée: Velosophe,Triple Karmeliet Pratiques: Vélo de route, cyclocross, VTT cross country, VTT marathon, VTT all-mountain. Où est le problème?

Une réflexion sur « Après le Tour en Valais, apaiser la route pour séduire les touristes »

  1. La situation pourrait certes être meilleure sur nos routes et il est vrai que l’Espagne fait figure d’exemple. J’étais à Majorque en mars et j’ai été sidéré par le respect des automobilistes pour les centaines, voire les milliers de cyclistes qui envahissent littéralement l’île à cette période de l’année. Chacun comprend visiblement l’impact du tourisme à vélo sur l’économie locale.

    Ceci dit, la Suisse en général offre des conditions généralement bonnes aux cyclistes. J’ai passé une semaine sur les routes vaudoises, fribourgeoises, bernoises et valaisannes avec un groupe d’Américains et de Britanniques qui ont apprécié la courtoisie des conducteurs et la qualité des routes suisses, toutes deux bien supérieures à ce qu’ils trouvent dans leur pays. Ils ont souri lorsque je me suis excusé pour les quelques nids de poule dans la descente du Col de la Croix et nous avons vu très peu de conducteurs irascibles au regard des centaines de kilomètres que nous avons parcouru.

    Par contre il reste encore beaucoup à faire pour que le vélo soit reconnu comme une opportunité touristique. Le Valais s’y met, d’autres destinations (Alpes Vaudoises, Gstaad) lui emboîtent le pas. On s’aperçoit que le cycliste a des moyens, qu’il aime séjourner dans les stations, qu’il mange et qu’il boit bien (après l’effort, le reconfort…). Tout le contraire du cyclocampeur fauché en sandales qui symbolisait le touriste à vélo il y a encore quelques années dans nos contrées.

    Il faut maintenant améliorer tous ces petits détails qui font que la Catalogne nous paraît si accueillante, et continuer les efforts de promotion pour positionner le Valais et la Suisse en général comme une destination cycliste.

    Tout cela prendra du temps. Le vélo est le créneau touristique estival numéro 1 dans les Dolomites mais le Maratona en est à sa 30ème édition. Il a fallu des pionniers (helvétiques) à Majorque il y a bien des années pour en faire la destination hivernale par excellence en Europe.

    Allez, mettons-nous au travail tous ensemble!

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