Taxe sur les vélos: la persistance d’une idée à la con

Aussi sûre que le retour du soleil après la pluie, l’idée de faire payer les personnes à vélo pour les infrastructures cyclables (là où il y en a, ce qui limite déjà la portée d’une telle mesure) revient à intervalles réguliers.

On a été tranquilles durant presque trois mois, avant le dernier exemple en date à Zurich, comme le relève «20 Minutes».

(Photo de titre Kande Bonfim sur Unsplash)

L’infrastructure routière en Suisse est en partie financée grâce à diverses taxes sur les véhicules motorisés. Le fait que les cyclistes y échappent est perçu comme une injustice par certains politiciens. Le Canton de Zurich a franchi une nouvelle étape, lundi, dans ce débat, relate le «Tages-Anzeiger», en soutenant une initiative individuelle.

Le texte demande que les vélos soient taxés pour payer le réseau de pistes cyclables en pleine expansion ces dernières années. L’UDC et le PLR ont trouvé suffisamment de soutiens, soit 69 voix, pour que la proposition doive être examinée par le Conseil d’État zurichois.

Une mesure qui relève davantage de la détestation assumée des personnes à vélo que d’une logique économique.

Selon les derniers chiffres de l’Office fédéral du développement territorial ARE, le transport privé motorisé de personnes coûte 15’727 millions de francs (oui, près de seize mille millions) par année à la société suisse (chiffres 2021). Chaque fois que l’on prend sa voiture, la société (oui, même les gens qui n’ont pas de voiture) nous «sponsorise» de 28 centimes par kilomètre. Selon une étude belge, le coût sociétal de l’automobile serait même supérieur à 1 euro le kilomètre.

À vélo, par contre, chaque kilomètre parcouru rapporte à la société. Selon l’étude belge:

  • Le bénéfice net de l’utilisation d’un vélo est égal à 98 centimes d’euro par kilomètre.
  • Chaque kilomètre parcouru par un vélo électrique génère un gain social de 22 centimes d’euro.

En Suisse, les calculs sont quelque peu différents, mais le vélo n’en bénéficie pas moins à tout le monde:

  • E-bike (lent): bénéfice de 37 centimes par kilomètre.
  • Vélo: bénéfice de 25 centimes.
  • Marche: bénéfice de 97 centimes

On pourrait bien sûr s’arrêter là. Mais pour se souvenir de qui paie vraiment pour les infrastructures, il n’est pas inutile de rappeler (comme déjà écrit en 2021, l’histoire revient à intervalles réguliers, je vous l’ai dit) qu’en Suisse:

  • Les taxes sur les carburants et la vignette autoroutière financent les routes nationales (autoroutes et quelques autres où les vélos ne vont pas). Le reste (routes cantonales et communales, utilisées par les personnes à vélo) est financé par l’impôt, payé par tout le monde.
  • Un mètre d’autoroute coûte environ 145 fois plus cher qu’un mètre de piste cyclable.
  • Rapportée au prix de la vignette autoroutière, la taxe «vélo» devrait donc être de 28 centimes par année.

Ce sont bien les piétons, les personnes à vélo et la société en général qui «sponsorisent» les automobilistes, qui nous coûtent plusieurs milliards par an, et pas l’inverse.

Mais je n’aurais pas de problème avec une taxe annuelle de 28 centimes qui aurait le double avantage:

  1. d’obliger les autorités à réaliser des aménagements cyclables sécurisés (pas que de la peinture sur la route, hein, on est d’accord) et de qualité, répondant aux exigences normatives et légales; des autorités qui, en la matière, sont pour l’heure aussi lestes qu’un paresseux dans la jungle du Costa Rica;
  2. que l’on nous foute enfin la paix avec cette question à la con.

On vote le 2 mars!

Ce qui précède est évidemment éminemment politique. L’initiative zurichoise émanant d’un parti hostile aux cyclistes, l’UDC, et d’un autre dont certains membres ne figurent pas parmi les plus fervents défenseurs (euphémisme) des personnes à vélo.

En Valais, nous élisons notre parlement cantonal le 2 mars 2025. Et si vous tenez au développement de vraies infrastructures destinées aux personnes à vélo, je ne peux que vous encourager à voter pour des candidat·e·s qui affirment leur engagement dans ce domaine.

Grâce à Smartvote, il est assez facile de voir qui est proche de vous sur cette question (question 7.3 « Faut-il développer plus rapidement les infrastructures pour la mobilité douce (par ex. pistes cyclables, places de stationnement pour vélos) dans le canton ? » Pour ma part, seul un « oui » est acceptable pour obtenir mon vote, le « plutôt oui » témoignant déjà de trop de compromissions.

Mais peu importe, allez voter, surtout!

3 réflexions au sujet de “Taxe sur les vélos: la persistance d’une idée à la con”

  1. Bonjour Joakim,
    Je vous rejoins complètement sur tous les points cependant on oublie peut-être de prendre en compte l’impôt cantonal sur les véhicules (plaque immatriculation) dont le montant n’est pas négligeable pour les automobilistes, et si je me trompe pas vas pour l’entretien et développement des routes cantonale. J’arrive a comprendre le raisonnement des automobilistes «  ils ont qu’à payer ces cyclistes ». Ceci dit nous payons aussi des impôts comme tout citoyen et cet argent sert aussi au développement des routes.

    Salutations sportives et au plaisir de vous croiser sur une piste cyclable fraîchement construite par nos impôts 😉

    Kevin D.

    • Merci Kevin, c’est vrai.

      On trouve le barême d’impôt (pour le Valais) ici.

      De 145 francs pour un véhicule de 1000 cm3 à 400 francs pour un moteur de 3 litres, ce qui n’est pas une petite voiture. Rapporté au prix d’achat d’un véhicule, cela reste faible. Mais c’est effectivement pris pour une contribution importante de la part des motorisés (qui oublient souvent que les personness à vélo ont aussi une voiture par ailleurs et paient ces impôts).

  2. On achète un vélo avec une taxe , cette dernière devrait servir pour les routes. Des milliers de personnes ont investi pour la première fois dans ce mode de transport alors qu’elles étaient automobilistes. Moins de voitures, moins de taxes, resultat il faut que quelqu’un paye.

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