Le « Brazilian » par Réchy, c’est fini

C’était un jour d’août 2003, nous étions partis du dortoir du Crêt du Midi, sur les hauts de Vercorin, après une montée en cabine sous un orage agrémenté de grêle (le genre d’expérience dont on se souvient assez bien) et une nuit dans ledit dortoir. François Panchard, le guide local, et Chris Winter, le fondateur de l’agence de voyages Big Mountain Bike Adventures avaient invité quelques locaux en plus des stars du mountain bike de l’époque, dont les Canadiens Wade Simmons et Andrew Shandro, pour valider quelques idées de tracés en Valais. Une sacré épopée sur les plus beaux sentiers du canton.

 

Chris Winter au Crêt du Midi à Vercorin, août 2003.

Nous étions donc partis du sommet des pistes de Vercorin, pour une petite grimpette à travers le vallon de Réchy vers le col de Cou. S’ensuivit une descente mythique sur Nax et Réchy, par un sentier si bien taillé dans les herbes hautes que les Nord Américains le surnommèrent d’emblée “The Brazilian”, le Brésilien, der Brasilianer… C’est presque une petite fierté personnelle d’avoir été présent le jour du baptême de ce “trail” aujourd’hui célèbre dans la Suisse et l’Europe entière, voire au-delà. Des dizaines de magazines lui ont consacré des articles au fil des ans, assurant une réputation de paradis du mountain bike au Valais tout entier. Tapez “Brazilian mountain bike” dans Google et vous aurez des dizaines de références à notre canton.

 

Wade Simmons sur le sentier de la Pierre à Voi, la veille du baptême du « Brésilien ».

C’est malheureusement fini.

Le vallon de Réchy est depuis peu officiellement interdit au VTT, très exactement depuis le 2 septembre 2015, date de la décision du Conseil d’Etat valaisan au sujet de la “protection du site marécageux “Val de Réchy” et son bas-marais “Ar du Tsan”, commune de Mont-Noble”. La nouvelle a été annoncée publiquement mi-décembre par les autorités cantonales. Le vallon reste accessible aux véhicules d’alpage et aux marcheurs, mais pas aux cyclistes, qui n’emprunteront plus les remontées mécaniques entre Chalais et le Crêt du Midi pour cette excursion. Il faudra toutefois m’expliquer en quoi les vététistes causent davantage de dégâts aux sentiers du vallon que les marcheurs, tandis que les vaches, elles, pourront continuer à piétiner les alentours.

 

Les vaches OK, le vélo KO.

A une époque où les stations de ski et le canton tout entier souhaitent trouver des alternatives à la pratique du ski, le vélo est assurément une voie à suivre. Sur la route, mais aussi sur les sentiers. Et là, l’interdiction aux VTT du sentier peut-être le plus célèbre du pays envoie un signal désastreux, dont l’impact sera à la mesure de sa célébrité. Les chanceux qui l’ont connu il y a longtemps relèveront que ce chemin n’est plus que l’ombre de lui-même et que son intérêt pour le VTT est limité, il n’empêche que le mythe, avec ses plus de 2200 mètres de dénivelé négatif reste intact et qu’interdire son accès (via le le vallon de Réchy), c’est un peu comme interdire la Streif aux skieurs.

 

Un cycliste sur un sentier, quelle horreur!

Au-delà des frontières cantonales, le Valais apparaîtra surtout comme un territoire hostile au mountain bike, malgré les efforts de quelques destinations touristiques pour attirer cette clientèle.

Né en 2003, le Brésilien a disparu en décembre 2015. RIP.

Joakim Faiss

Auteur : Joakim Faiss

Père de famille - Cycliste - Journaliste - Rédacteur en chef du Magazine Vélo Romand. Vélos actuels: Thömus Sliker (route), Rocky Mountain Element 970 (VTT), Specialized Diverge Expert (gravel), Specialized Crux (cyclocross), BMC Alpenchallenge (urbain). Bière préférée: Velosophe,Triple Karmeliet Pratiques: Vélo de route, cyclocross, VTT cross country, VTT marathon, VTT all-mountain. Où est le problème?

16 réflexions sur « Le « Brazilian » par Réchy, c’est fini »

  1. il ne faut pas confondre éléments naturels : les vaches, et sensations fortes inutiles : le VTT mal utilisé !…
    mieux disciplinés les cyclistes, ne respectant souvent pas entre autres les marcheurs, n’auraient pas fait germer l’idée d’une interdiction
    à bon entendeur …
    Hélène

    1. Tu sais Hélène, je pratique la montagne de manière très variée (vélo, rando, alpi, ski) dans chaque discipline il existe des gens qui se comportent mal. Alors est-ce que l’on va tout interdire pour certains individus indisciplinés? En parcourant la montagne toute l’année, je peux te dire que tous les randonneurs ne sont pas des exemples (fleurs protégées arrachées, déchets à l’abandon, cris et hurlements en tout genre, non respect des balisages et des sentiers…). Alors s’il te plait, ne tombons pas dans un « racisme » ou un classement quelconque d’individus pratiquant telle ou telle activité. Je suis entre autre vététiste, je pense être respectueux de mon entourage, personnes, faunes et flores et je ne suis pas une exception. Le même jour où j’ai fait cette balade, un couple s’y était engagé eux aussi très respectueux. Alors pourquoi cet punition!?? Va-t-on aussi interdire certaine vallée au randonneurs? (beaucoup plus présents et néfastes que les vététistes de par leur nombre) Non mais franchement….tout ça pour une traversée de valon de plus ou moins 1km ou l’on se doit de rester sur le sentier pour justement éviter les « dites » zones marécageuses. Non mais….arrêtez!!! Tant qu’à faire, interdisons certaines portions de routes car certains roulent trop vite en voiture amenant insécurité et pollution…allez, tout le monde arrête de prendre son véhicule! Tout cela est aberrant!

  2. Pfff…si c’est pas malheureux! Décidément, le tourisme en Valais n’est vraiment pas sur le bon sentier! Ils n’ont rien compris!! Pour avoir parcouru l’ itinéraire en question cet automne, je me disais que le Valais avait vraiment encore une carte à jouer en diversifiant ses activités sportives dans le respect de la nature et des autres. Visiblement les responsables de cette interdiction ne vivent pas du tourisme eux… Et ne me parlez pas de sauvegarde du territoire! Les vététistes roulent sur les sentiers ou les chemins, donc ont le même impact que les randonneurs. Franchement…..gros coup de gueule!!! Faites suivre et commentez pour marquer votre mécontentement les amis!

  3. J’avoue ne pas comprendre cette stigmatisation des VTTs sur les chemins pédestres. Je pratique le VTT à la belle saison tant dans les Alpes que les pré-Alpes et force est de constater que les sentiers sont détruits à 60% par le bétail, le reste par les équidés (lesquels semblent jouir d’une impunité totale) et les véhicules agricoles (dont la taille toujours plus délirante détruit également les routes). Même le passage répété (course) des roues cramponnées n’endommage pas significativement les chemins, ou alors je ne roule pas aux « bons » endroits.

    Les arguments du « site protégé » tels que pollution et tranquillité me laissent également dubitative. Quiconque arpente les alpages une fois le bétail descendu et lesdits alpages clos pourra bénéficier d’une sérénité baignée par l’absence de cloches, tronçonneuses, chiens hurlants, randonneurs parfois bruyants et autres 4×4 rutilants. Le tout en gardant un oeil attentif où l’on pose ses semelles ou crampons sous peine d’une sentence qui sent le fumier.

    Bref, si c’était possible, j’aimerais avoir une amorce de dialogue avec les autorités compétentes pour comprendre pourquoi une certaine « haine » vis-à-vis des VTTs. Je ne doute pas que le comportement de certains peut en être à l’origine, mais ne serait-il pas plus judicieux de discuter, d’informer et d’éduquer plutôt que de prendre des décisions dictatoriales?

    1. Je n’ai pas de problème avec la protection de la nature. Je pense même le faire davantage que pas mal de monde (au travail à vélo, utilisation des transports publics…). Par contre, il faut m’expliquer en quoi un vélo sur un sentier utilisé à la montée (comme c’est le cas pour l’accès au Brésilien) cause davantage de dégâts à la nature qu’un marcheur, des véhicules d’alpage, des vaches, des pêcheurs, ou encore des chasseurs.

        1. Non – il y avait de trop. Si quelques vététistes locale font leurs descentes – pas de probléme. Mais si on fait de la pub national et international sur beaucoup des sites – c’est trop.

        2. on ben on va arrêter le ski en Valais, trop de touristes qui viennent et pratiquent le hors piste, trop de voitures en montagne, trop de canons à neige, moi je trouvais qu’il y avait trop de marcheurs aussi…n’importe quoi, on va pas avancer avec des mentalités pareils…

        3. Mais alors, on parle du Vallon de Réchy, pas « du Valais ». Il y a vraiment beaucoup d’autres possibilités pour le VTT en Valais.

        4. Oui c’est vrai énormément d’autres possibilité mais comme la plupart des gens vont ou les autres vont et évitent ainsi de devoir payer un Guide qui les emméneras dans un endroit moins fréquentés, mais en même temps si chaque vallée utilise cette argument…

        5. Mais si on veut pas respecter que le Vallon de Réchy est un endroit très spécial et on doit le protéger absolument – je sais rien.

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