Le Velo Romand du printemps 2011.

Cet article a été publié dans le magazine Velo Romand au printemps 2011. Actuellement dans les kiosques.

La première fois que j’ai pu approcher et tester un VTT tout suspendu, je n’ai pas pu retenir une pointe de jalousie. C’était en 1998 et mon petit frère, devenu un très grand depuis, me narguait dans les descentes avec son Cyclecraft. Une monture teutonne, drapée de bleu et d’orange, déjà diablement efficace à l’époque. La marque a disparu. Ma conviction de la supériorité du « fully » jamais. C’est que ce vélo, pourtant lourd et à mille lieues des montures du jour, était certes efficace en descente, mais surtout… à la montée. Dans les passages techniques, truffés de pierres et de racines s’entend, car c’est bien l’idée que je me fais du VTT. Pour rouler sur des chemins forestiers larges de trois mètres, personne n’a jamais eu besoin de VTT. Mais passons.

Quelques années plus tard, j’ai pu participer à une étude menée par mon frère, encore lui, consacrée au rendement énergétique d’un vélo à suspension intégrale. Un parcours identique, tout en montée, à effectuer deux fois, en veillant à conserver une fréquence cardiaque identique. Sur un vélo sans suspension à l’arrière d’abord, puis sur un tout suspendu. Verdict : le deuxième était plus rapide.

Ma religion était faite. Un de mes vélos préférés restera toujours le K2 Razorback. Une machine mythique à mes yeux, le Dr Jekyll et Mr Hyde du mountain bike au début des années 2000, capable de briller en cross-country comme en descente marathon. Lorsque je m’en suis séparé, je l’ai d’ailleurs remplacé par deux vélos : une autre merveille de K2, le Tirade, et un semi-rigide. Lorsque je me suis encore séparé du Tirade, je me suis retrouvé avec un seul semi-rigide pour tout VTT. Cela me semblait tout à fait suffisant jusqu’au jour où j’ai enfourché un Merida 96, qui m’a fait oublier jusqu’au Razorback des années 2000. Après cinq ans passés sur des VTT semi-rigides, je me suis dit c’était peut-être une grosse connerie.

Aujourd’hui, je n’envisage plus vraiment le VTT sans une double suspension. Ou alors il faut me proposer autre chose, comme peut-être un semi-rigide en 29 pouces, histoire de satisfaire ma curiosité. À voir. Pour revenir à la double suspension, je n’y vois que des avantages, le léger surpoids mis à part. Sur un vélo de cross-country, paradoxalement, ce n’est pas dans les descentes que la suspension me semble le plus utile. Elle déploie toutes ses qualités dans les terrains défoncés, au plat, dans les faux plats montants et dans les passages très techniques. On appuie sur les pédales et la machine absorbe les irrégularités du sol. Redoutable. Bref, dès que le terrain devient cassant, en montée comme à la descente, la suspension arrière fait vite oublier l’embonpoint qu’elle inflige au vélo. Même au plat, la suspension démontre son utilité. On pédale au calme, sans rebondir à la moindre inégalité du terrain. Quant au rendement, théoriquement supérieur d’un semi-rigide, il convient de ne pas confondre la vitesse réelle et la sensation de vitesse due à un vélo qui secoue le pilote comme un prunier.

Treize ans après avoir vu mon frère sur le Cyclecraft, je ne suis plus jaloux de son VTT tout suspendu. J’en ai un. Et je vais le garder.