Sur la Transvésubienne, ne jamais se dire que tout va bien…

[dropcap]N[/dropcap]e jamais se dire que tout va bien.

Sur la Transvésubienne, c’est une règle et une maxime que je m’impose à chaque édition. Tout peut arriver, presque à chaque instant, tant le terrain est exigeant pour l’homme et la machine. Baisse de régime soudaine, fatigue insidieuse, chute, casse de matériel. En sept départs entre La Colmiane et Nice, j’ai déjà vécu passablement de mésaventures: blessure au genou lors du prologue qui me prive de la course du dimanche, la semelle d’une chaussure qui se fait la belle, crevaisons, chutes… Et en même temps, ce n’est pas grand chose…

Petite ou grande, l’erreur vient tôt ou tard

La « Trans » comme on dit entre nous n’offre aucun répit ou presque. Même sur le goudron, il faut rester attentif pour ne pas rater la balise qui va vous embarquer dans un chemin improbable, parfois juste taillé à la débroussailleuse. Les rochers sont plus hauts qu’ailleurs, les falaises plus impressionnantes, les pierres plus acérées, parfois fixes, souvent mobiles, sèches par endroits, humides ailleurs, sans parler des traîtres racines en sous-bois. L’erreur est presque inévitable, tôt ou tard. On est tout de même en course, toujours à chercher la limite, physique et technique pour grappiller les secondes qui se compteront en minutes à l’arrivée.

Votre serviteur lors de la première épreuve spéciale du samedi. Photo Pierre-Jahan - UCC Sportevent
Votre serviteur lors de la première épreuve spéciale du samedi. Photo Pierre Jahan – UCC Sport Event

Cette année, j’avais presque tout fait juste, en assurant un poil le samedi lors des deux épreuves spéciales chronométrées (un effort tout de même violent contre-la-montre), le but étant de prendre le départ du dimanche en entier et sans être trop entamé. Seul bémol après-coup: le choix du pneu avant, qui aurait mérité une gomme plus tendre pour mieux adhérer au terrain souvent humide de la première partie de course du dimanche.

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Photo Xavier Grassone – www.artreflex-photo.fr

Sinon, tout allait bien, me disais-je (sans vraiment le dire, car il ne faut JAMAIS se dire que tout va bien sur la TV, petit rappel…). Une chute sans gravité en début de course, des descentes plutôt prudentes avec ce qui ressemblait à une savonnette à l’avant. Le matériel a tellement progressé depuis ma première participation en 2002 (freins à disques, pneus tubeless solides, tige de selle télescopique, suspensions à gros débattement…) que je me disais, peu après la Madone d’Utelle, que nous avions bien de la chance avec nos vélos de 2016.

Un terrain bien cassant et exigeant. Photo Xavier Grassone - www.artreflex-photo.fr
Un terrain bien cassant et exigeant. Photo www.artreflex-photo.fr

C’est là que tout s’est arrêté, lorsque la base arrière du cadre s’est cassée, dans un bruit de carbone froissé. Sur la « Transvé », tout va bien. Jusqu’à ce que ça s’arrête.

Edition 2016 – Emmanuel Allaz à l’honneur

Le parcours de la Transvésubienne change à intervalles réguliers, un peu selon l’humeur et l’envie de son créateur, l’inénarable George Edwards. Seule certitude: ça part de La Colmiane, aux portes du parc du Mercantour, le dimanche matin. Au menu du samedi, parfois un petit prologue, parfois rien et parfois… une grosse étape. C’était le cas cette année avec un départ à Nice pour un peu plus de 60 km de routes et chemins pour 2500 mètres de dénivelé positif jusqu’à Roquebillière, dans la vallée de la Vésubie.

En route, deux spéciales chronométrées d’environ 20 et 45 minutes attendaient les pilotes. Une formule contre-la-montre très exigeante, surtout en gardant à l’esprit le menu du lendemain: quelque 70 kilomètres de chemins cassants, plus de 4000 mètres de dégringolades où l’on se fatigue presque davantage que dans les montées, et encore 2800 mètres de dénivelé positif. Les vélos très différents utilisés par les concurrents (XC tout suspendu, enduro, petit DH même parfois) témoignent de la variété du terrain, chacun étant à son avantage à un moment ou un autre.

A ce petit jeu, les grands favoris, Alex Chenevier et Nadine Sapin ont tenu leur rang et s’imposent respectivement pour la 4e et 5e fois. Chapeau!

Chez les Valaisans qui avaient fait le déplacement, le « Viking pédaleur » agaunois Emmanuel Allaz s’est lancé à l’attaque du « top 10 » dès le premier jour, pour finir 6e à l’arrivée à Nice, 3e de sa catégorie Senior. Une brillante performance pour un podium décroché de haute lutte: «Je n’en ai jamais bavé autant», confie-t-il à l’arrivée. «Dans le final, il manquait des balises et j’ai vraiment eu peur, très peur, de m’être perdu». Une mésaventure toujours possible sur le Transvésubienne et qui a frappé le Suisse Christoph Sauser, en route pour le podium en catégorie « électrique ». Parmi les autres Valaisans, on note la 18e place d’Olivier Grossrieder et la 46e de Bertrand Lovey. Florian Golay (VAE) et votre serviteur ont été moins heureux, en cassant leur machine. Base arrière aluminium pour l’un, carbone pour l’autre, il n’y a pas de vérité absolue, surtout sur la TV attaquée un peu à fond… Chez les femmes, Stéphanie Auberson (Gutknecht) finit 5e et obtient son sticker “Finisher” pour sa première. Bien joué!

Joakim Faiss

Auteur : Joakim Faiss

Père de famille - Cycliste - Journaliste - Rédacteur en chef du Magazine Vélo Romand. Vélos actuels: Thömus Sliker (route), Rocky Mountain Element 970 (VTT), Specialized Diverge Expert (gravel), Specialized Crux (cyclocross), BMC Alpenchallenge (urbain). Bière préférée: Velosophe,Triple Karmeliet Pratiques: Vélo de route, cyclocross, VTT cross country, VTT marathon, VTT all-mountain. Où est le problème?

2 réflexions sur « Sur la Transvésubienne, ne jamais se dire que tout va bien… »

  1. Roooh! Mince pour ton bike. Je me demandais ce qui t’étais arrivé, mais vaux mieux casser la machine que l’homme… Ça dois être typique des valaisans de ne pas être à l’aise sur le terrain humide car j’ai également galéré dans la première partie. En plus, je me fait dépasser par un locale qui me dit que c’est la descente la plus facile de la course… mais c’était pas vrai car par la suite, mon enduro avec sa grosse fourche fait son job dans les descentes et au final ce sont les montées qui me rendent la vie dure. Heureuse d’être arrivée au bout sans casse de la machine et ni de la femme 😉

    1. Oui, sur le moment j’étais assez énervé, car j’étais 15 et me réjouissais de la fin tellement j’étais bien. Mais la marche pour rejoindre la Vésubie et le portage de Levens pour retrouver la voiture m’ont bien calmé. Et il y a des trucs pire que ça dans la vie. Mais bravo pour ta course, finisseur pour la première c’est pas donné à tout le monde (j’ai dû m’y reprendre à trois fois pour mon premier stocker en 2004 😉

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