On avait pris l’habitude de voir Nino Schurter triompher en cross-country avec son vélo équipé de boyaux (comme sur la photo ci-dessus, lors de la manche de coupe du monde de Champéry, en juin 2007) plutôt que de pneus. On en voyait même sur des courses moins prestigieuses, mais la mode semble avoir passé, surtout depuis que le champion suisse a remporté le titre olympique en pneu tubeless, une solution qu’il a conservée depuis. Nous avons posé quelques questions à son entraîneur Nicolas Siegenthaler, lui-même vainqueur du Grand Raid Verbier-Grimentz à deux reprises dans les années 1990.

Nicolas Siegenthaler, Nino Schurter qui passe au tubeless, c’est la fin du boyau en VTT?

Peut-être, en effet. Au début, ça a été un peu une mode, comme les écarteurs de narines. S’il y en a un qui le met, ils le mettent tous… Ou si un coureur qui mange des pommes crues avant la course la gagne, il s’y mettent tous aussi…

Pourquoi le choix de passer au tubeless?

Nicolas Siegenthaler – Photo DR

De notre côté, nous avons pris cette décision après des analyses de rendement. Nino les a d’abord faites de son côté avec d’autres coureurs, avant de mandater Beat Müller, entraîneur des juniors chez Swiss Cycling et scientifique à Macolin. Nous avons fait des essais avec différentes marques avant de nous décider pour Maxxis, qui parvient à produire des lots de pneus fiables, très semblables et de qualité constante.

Le rendement est donc meilleur en tubeless?

Oui, on perd beaucoup de rendement avec un boyau, car c’est très difficile de faire un boyau, par nature souple, avec des crampons rigides, qui vont s’enfoncer en raison de la pression basse. Et si on met un profil mou, il s’use rapidement et le rendement est mauvais sur les portions roulantes, tout de même assez nombreuses, même sur les circuits actuels de coupe du monde.

Mais sur des terrains humides, le boyau reste un bon choix non?

Oui. A Rio, on s’attendait à un parcours très sec, il était finalement très mouillé et le boyau aurait procuré un bon rendement tout de même. Et à Andorre, en 2016, Nino a gagné grâce au boyau, du moins en partie. Dans le dévers, c’était le seul à tenir sur le vélo, aussi grâce à ses qualités technique et au travail de force et de coordination que nous avons effectué. Mais le boyau peut-être un choix sur les courses en circuit, jamais sur le Grand Raid par exemple.

Et il y aussi pas mal de contraintes avec le boyau…

C’est vrai. Nous avions un représentant de notre fournisseur, Dugast, qui nous suivait sur les courses pour préparer les roues. Et on reste un peu limité dans le choix de profils. Nous n’en avions d’ailleurs que deux, dont un très mou que nous n’utilisions presque jamais. Sauf à Andorre, en 2016 justement. Nino a changé ses roues juste avant le départ, sans aucune chance pour ses concurrents de réagir.

Dans des cas précis, le boyau reste alors un bon choix, si on ne privilégie pas le rendement à tout prix?

Oui et certains vététistes amateurs aiment toujours bien le boyau, surtout les pilotes de semi-rigide. Le confort du boyau est tout de même incroyable. Et le rendement n’est pas tout, il faut de l’accroche aussi. Le rendement ne sert pas à grand-chose si vous êtes couché par terre… Il ne faut pas non plus oublier que Nino a fait toute sa carrière avec des boyaux, jusqu’en 2016. Nous d’ailleurs sommes très reconnaissants à Dugast pour toutes ces années.

Mais pour vous, le choix est fait…

Oui, aujourd’hui un tubeless bien monté, c’est top. On peut rouler très longtemps sans perte de pression si c’est bien fait. Il autorise aussi des pressions très basses et on est moins limité dans le choix de profils. On peut mieux s’adapter au terrain rencontré. Je suis d’ailleurs toujours étonné quand je lis certaines interviews de coureurs qui disent utiliser le même pneu sur 98% des courses. Un pneu ne peut pas être bon partout.