Deux-roues méprisés

« Les routiers sont sympas », clament-ils. Au gré des quelques milliers de kilomètres parcourus à bicyclette en Suisse et ailleurs chaque année, le constat est plus nuancé. D’accord les cyclistes sont lents, relativement du moins puisque souvent plus rapides que ces pauvres vélomoteurs d’aujourd’hui qui ne sont plus que l’ombre de leurs aînés. La lenteur a toutefois son charme et il n’est point besoin de mépriser ces deux-roues ou, pire, de les ignorer.
Avec le temps et l’expérience, on finit par se méfier de tout ce qui circule sur plus de trois roues. Automobiles, poids lourds, tracteurs, même combat. Au début on s’énerve, peste et maudit tous ces inconscients qui, bien protégés dans leur char d’acier, mettent en danger de frêles cyclistes, mal équipé pour s’élancer dans la jungle routière.
Mais, comme on a appris à se méfier, on devine souvent les intentions ou les hésitations du quidam installé derrière son volant. Untel va me brûler la priorité, celui-ci va me dépasser en plein dans le rétrécissement de la chaussée, machin ne va pas se gêner de dépasser alors que j’arrive en face…
Aujourd’hui, afin d’agrémenter mes sorties, j’établis un palmarès des attitudes les plus dangereuses et les moins respectueuses des cyclistes.
En tète, un chauffeur de camion de la Poste suédoise qui, une demi seconde après m’avoir dépassé a écrasé sa pédale de frein pour obliquer. Deuxième, un poids lourd sédunois qui avait tout fait juste: arrêt à la sortie du parking, regard à gauche, il me voit arriver… et s’engage quand même sur la route. Non mais ! Le troisième prix a été attribué depuis belle lurette à l’Etat du Valais. La bande cyclable sur la route cantonale entre Ardon et Vétroz compte presque une bouche d’égout tous les 50 mètres. Etonnez-vous ensuite que les cyclistes roulent au milieu de la route. En usant les nerfs des automobilistes et autres chauffeurs de camions. A énervé, énervé et demi.
Joakim Faiss

Train-train quotidien

– Ligne Guayaquil-Riobamba, Equateur, 1995. Les gens se pressent sur le quai, mais le train ne vient pas. L’attente se prolonge, toujours pas de convoi à l’horizon. Les Européens s’inquiètent. Pas les indigènes, qui s’installent pour la journée ou rentrent chez eux avec ce commentaire: «Le train ne viendra plus aujourd’hui. Peut-être demain…»
– Ligne Los Mochis-Creel, Mexique, 1997. Après quelques heures de trajet, le train de seconde classe rattrape celui de première classe des touristes fortunés, plus rapide et parti plus tôt, mais arrêté dans la nuit. Que se passe-t-il? «Un train de marchandise a déraillé et s’est couché sur la voie devant nous». Mince alors qu’est-ce qu’on va faire? «Ce n’est rien, juste cinq ou six heures d’attente, le temps de construire une voie pour contourner l’obstacle…»
– Gare d’Antsirabe, Madagascar, 1999. Sur le mur trône un magnifique tableau noir avec un texte préimprimé: «Le train en provenance d’Antananarivo arrivera avec … heures et … minutes de retard». Ne reste qu’à compléter à la craie…
– Ligne Antsirabe-Antananarivo, Madagascar, 1999. «Vous voulez prendre un train pour Tana à la fin de cette semaine? C’est impossible Monsieur, le train ne circule pas cette semaine. Pourquoi? La seule locomotive du pays est occupée sur une autre ligne…»
– Suisse, juin 2005. Panne de quelques heures sur ce qui est peut-être le meilleur réseau ferroviaire du monde. Drame national.