CULTURE & OPINION

Les bêtises…

26 octobre 2017

Dans ma vie, j’essaye toujours de faire les choses « juste ». Je crois beaucoup au Karma: «Fais de bonnes choses envers les autres et éventuellement les bonnes choses reviendront vers toi.» Par exemple, trouver un portefeuille perdu plein d’argent, regarder la pièce d’identité dedans et retourner l’entier au propriétaire. Faire un double pas pour ne pas marcher sur une fourmi, car cette fourmi a sûrement un frère, une sœur, un père, une mère, un cousin, ou une cousine… La roue tourne.

M algré cette règle de vie, j’ai fait quelques bêtises. Étonnant, pensez-vous. Je ne parlerai pas de toutes les bêtises que j’ai faites dans ma vie, car ceci est une chronique, pas un livre! Je ne me considère pas comme un emmerdeur, je parle juste de quelques bêtises innocentes, les bêtises d’un coquin, un filou, un «monello».

Avec les bretelles, toujours!

J’avais un copain qu’il voulait commencer le vélo et qui me demanda mon avis sur l’achat de son premier vrai vélo de route. Son discours était celui de beaucoup de novices. Du style: «Je ne fais pas beaucoup de vélo, je n’ai donc pas besoin de quelque chose de top.» Madonna! Quel manque de self estime! Ma réponse est toujours la même: «Si tu fais l’amour seulement deux fois par an, dois-tu le faire avec quelqu’un de laid?» Ça, il l’a compris. Du coup, il a pris un vélo très sympa en alu et était très content.


Un jour, on a roulé ensemble. Il portait un T-shirt et, au moins, un cuissard, mais sans bretelles. Je lui ai fait remarquer que, comme pour le vélo, c’est bien d’investir dans les accessoires. Par exemple dans un maillot de cycliste et un cuissard avec bretelles. J’ai expliqué que les bretelles aident au confort du cuissard et gardent chaud le bas du dos. Côté esthétique, les bretelles évitent au cycliste de ressembler au plombier qui vient à la maison et quand il est sur les genoux pour regarder sous l’évier, on voit presque toute la raie des fesses. Malgré mes explications, encore une fois il a répété qu’il ne faisait pas beaucoup de vélo et ne voyait pas la raison d’investir dans un cuissard à bretelles.

Lorsque sa hanche fut à ma hauteur, j’attrapai le cuissard au niveau du bas dos, le tirai vers le bas et le fixai sous la selle.

Difficile d’expliquer les nuances de l’avantage des bretelles à un novice. Le dicton «l’action parle plus fort que les mots» m’a donné une idée. Nous étions partis pour notre tour, quand je le laissai me devancer et lorsque sa hanche fut à ma hauteur, j’attrapai le cuissard au niveau du bas dos, le tirai vers le bas et le fixai sous la selle.

Complètement surpris de voir ses fesses entièrement exposées aux yeux de tous, il se mit à gueuler et fut bien incapable de réagir au moment où une voiture nous dépassa! Le cuissard était coincé à fond sous la selle ! Mort de rire, je le dépassai en disant: «Voilà pourquoi c’est mieux d’avoir un cuissard AVEC bretelles!»

Taureau furieux

Un jour, un ami de mon magasin préféré de l’époque, a organisé une sortie en vélo entre un représentant d’une marque de vélo et moi-même. Je ne le connaissais pas, et je n’avais donc aucune idée de la manière dont il roulait. Comme beaucoup de représentants de vélo, il était une espèce d’ancien amateur élite ou quelque chose de ce genre. Il était plutôt imposant, en fait aussi long que large. On décida de faire Aproz-Fey.

Tous ceux qui ont fait cette montée savent qu’au début c’est assez roulant. On sort d’Aproz, on commence la montée, le mec roule fort, très fort! Je m’accroche, mais à peine. Je me dis: « Mon Dieu, il est fou ce mec! » On arrive à la décharge, où ça devient plus raide et heureusement il commence à monter la cassette. Ouf! Pratiquement gauche-gauche, l’ex-amateur élite (or whatever) n’a plus de pignons. Son doigt sur le levier clique dans le vide et il est presque à l’arrêt. Il commence à zigzaguer vers le plat avant le mur de Fey! Connaissant le mur qui nous attend, je me dis: « Comment il va arriver en haut? » Il insiste alors pour que je continue sans lui. En pensant que c’était bien fait pour sa gueule, car il avait roulé comme un taureau furieux au début, mais un peu triste pour lui et son problème de vitesse, j’ai alors continué.

«J’ai fait une bêtise. Le problème de vitesse de notre ami n’était pas un problème mécanique, c’était du sabotage!»

En arrivant au magasin, mon ami m’accueille avec un large sourire: «Il est où l’autre?» Je réponds: «Putain, il a attaqué dès le début, il a roulé comme un fou jusqu’à ce qu’il explose. En plus, il a eu un problème avec son dérailleur arrière. Je l’ai laissé pour mort avant Fey!»

Mon ami m’explique que le gars en question était connu pour son comportement et qu’il voulait rendre sa vie un peu difficile. Son problème de vitesse n’était pas un vrai problème. Perplexe, je lui demande de quoi il parle… Avec un sourire diabolique, il sort alors un petit tournevis de sa poche et m’explique: «J’ai fait une bêtise. Le problème de vitesse de notre ami n’était pas un problème mécanique, c’était du sabotage!» La veille, mon ami avait réglé le dérailleur du frimeur pour qu’il ne puisse pas passer les derniers deux pignons!

Cure-dent

Dans la chronique précédente, j’ai parlé de la firme italienne d’accessoires de vélo avec laquelle je travaillais à l’époque. J’ai mentionné quelques fois mon chef de vente, Pascal. Comme décrit précédemment, Pascal était en même temps pénible et adorable. À ce moment-là, le monde du vélo était vraiment différent.

Pour les salons de Cologne, Paris ou Milan, les gens du vélo (représentants, chef de ventes, etc.) s’habillaient en costume, cravate et chaussures de ville bien astiquées. Pascal a toujours insisté sur ce fait et était sans cesse en train de te dire que ton nœud de cravate n’était pas droit ou tes chaussures sales. Il n’acceptait pas le moindre détail hors de la perfection. S’il te surprenait sur le stand les mains dans les poches, il te faisait alors la remarque: «Tu as l’air d’un flemmard comme ça!» Pénible.

Je continue à presser ma langue contre mes dents, mais Pascal ne comprend pas et croit que je déconne.

Avant les grandes séances avec les marques de vélo pour le premier montage (selles), Pascal se devait d’apparaître parfait. Souvent il me demandait: «Ça va? Je suis présentable?» Un jour, peu après le début de l’une de ces séances, j’essaie d’attirer l’attention de Pascal en face de moi en bougeant la tête légèrement vers le haut, et de gauche à droite. Finalement il me regarde et avec ma bouche entrouverte, je commence très discrètement à taper ma langue contre mes dents d’en haut. Pascal me lance un regard interrogateur. Je continue à presser ma langue contre mes dents, mais Pascal ne comprend pas et croit que je déconne. Frustré, je prends mon pouce et de l’ongle je gratte légèrement l’espace entre deux dents.

Pascal a finalement compris. Choqué, le regard effrayé, il pince les lèvres si fort qu’il en devient bleu! Il se met au garde-à-vous et s’excuse à travers sa bouche fermée et file aux w.c. Pour Pascal, dans n’importe quelle circonstance, avoir quelque chose de visible entre les dents était insupportable. Et mon petit jeu de mime de lui laisser imaginer qu’il avait un bout de son déjeuner entre les dents, surtout dans une séance, lui était carrément humiliant. Mais ce n’était qu’une bêtise: il n’avait rien entre les dents! Quelques minutes plus tard, il réapparaît avec un grand sourire et me fait un clin d’œil l’air de dire: «Salaud, tu m’as eu!» Adorable.

L’imposteur

Toujours à cette époque d’avec ma firme italienne, il y avait à Paris un grand salon auto/vélo. Un marathon de 10 jours. Dix jours en costume, cravate (nœud droit) et chaussures de ville bien astiquées!

Le monsieur s’en alla, heureux d’avoir rencontré un ancien pro italien, surtout celui qui a fini 9e au Giro!

Un jour, sur notre stand, j’étais en train de discuter avec mon collègue Jean-Christophe, quand, du coin de l’œil, je remarque un monsieur d’un certain âge qui me regarde attentivement. Je continue la conversation avec JC quand le monsieur s’avance vers nous et m’adresse la parole: «Je vous connais de quelque part, je suis sûr. Ne seriez-vous pas un ancien pro italien?» Jean-Christophe rentre tout de suite dedans: «Oui, oui, il était pro dans les années 80!» Le Monsieur s’exclame: «J’en étais sûr! Rappelez-moi votre nom?» Je lance un regard à JC pour lui dire: «Connard, c’est malin!»

Timidement, je réponds au monsieur: «Gianni Mamaluca». Jean-Christophe me lance alors: «C’était en quelle année déjà que tu as fini 8e au Giro? 82, non?» Et moi de répondre: «Oui, 82, mais j’ai fini 9e pas 8e.» Le monsieur s’en alla, heureux d’avoir rencontré un ancien pro italien, surtout celui qui a fini 9e au Giro! Jean-Christophe, tout aussi heureux de sa bêtise; de plus, cet épisode nous avait fait passer le temps, parfois si long sur ces salons.

Une époque révolue

Des bêtises comme celles-ci ne pourraient plus se faire aujourd’hui, car à cette époque les téléphones portables n’existaient pas, ni Internet donc ni Google ni Wikipédia et aucune manière de vérifier si j’étais bien Gianni Mamaluca. Un temps innocent où les petites bêtises pas méchantes étaient possibles. Aujourd’hui, les fesses de mon copain apparaîtraient sur Facebook et récolteraient pas mal de « Like ». Aujourd’hui, Pascal pourrait discrètement vérifier avec la caméra de son smartphone s’il a besoin d’un cure-dent. Aujourd’hui, le monsieur de Paris peut facilement vérifier par un Google search que j’étais un imposteur.

Aujourd’hui, les bêtises de coquin, de filou, de monello ne sont plus possibles. Une bêtise innocente devient presque acerbe. Que faire aujourd’hui pour s’amuser entre amis?