Ma première fourche télescopique était une Manitou I, ce qui ne me rajeunit pas… John Tomac en personne avait beau rouler avec, cela restait une fourche à élastomères avec 4 cm de débattement à tout casser et qui rebondissait aussi vite qu’elle s’était enfoncée, faute d’un système d’amortissement digne de ce nom. C’est dire si j’apprécie le chemin parcouru jusqu’à la fourche qui équipe mon vélo actuel. Quelque 120 mm de débattement, un freinage hydraulique de la compression lente, de la détente, et une roue qui colle au sol.

Mais on peut faire nettement mieux encore, selon Morgan Stafrach, un préparateur de fourches et amortisseurs de 28 ans, nouvellement installé dans un local à Jongny (VD), à l’enseigne de PMB Suspension. Pratiquant le vélo en club depuis l’âge de 8 ans, des courses de BMX au trial, de la descente au cross country où il a passé 7 ans sur le circuit de compétition européen, Morgan Stafrach s’est toujours soucié du réglage et de l’entretien de ses suspensions, quel que soit le type de vélo. «Du simple semi-rigide en Marzocchi MX Comp (2002) à ma Öhlins RXF36 actuelle, je n’ai jamais laissé les suspensions au hasard.»

«Je cherchais des pièces pour réviser ma Lyrik»

Titulaire d’un brevet d’études professionnelles (BEP) en mécanique automobile, Morgan a découvert sa passion pour les suspensions à 16 ans grâce à son professeur de mécanique automobile, ingénieur en course NASCAR. «Jusqu’alors, je n’avais encore jamais pris le risque de modifier mes suspensions. Et des notions comme compression/détente haute et basse vitesse, progressivité pneumatique/hydraulique, circulation des fluides, shimstack (clapetterie ) n’étaient pas encore vraiment présentes dans le VTT à cette époque. Je n’avais qu’une seule envie: que les fourches de VTT progressent afin de pouvoir apporter les mêmes modifications que dans le domaine automobile.»

« L’amortissement est géré par l’hydraulique et mon travail est de l’adapter au poids et au niveau du pilote. »

En Suisse depuis 2012, c’est en 2014 que tout a commencé pour PMB Suspension : «Je cherchais des pièces pour réviser ma Lyrik, je ne voulais pas commander sur internet et je ne trouvais rien dans les magasins en Suisse… J’ai ensuite cherché un préparateur de suspension en Suisse sur Google, mais toujours rien… J’ai alors décidé de me lancer dans cette activité à plein temps, je me suis dit qu’après 20 ans de VTT et 10 ans de mécanique suspensions pour plusieurs clubs dans le sud de la France, le moment était venu pour moi de tenter de vivre de ma passion».

Aujourd’hui, il révise, répare et optimise les suspensions de toutes les marques (sauf BOS) et est le «Service Centrer» suisse pour la marque suédoise Öhlins, le spécialiste et leader mondial de la suspension toutes catégories confondues, qui équipera dès cette saison les pilotes Specialized pro en enduro et DH. Dans le genre crédible, il se pose là. Et on mesure aussi le chemin parcouru.

«Adapter l’hydraulique au poids et au niveau du pilote»

On peut faire beaucoup mieux que les réglages d’origine, donc. «Les fourches sont identiques pour tous les vélos, avec un compromis pour des poids de moins de 63 kilos jusqu’à plus de 100 kg», explique Morgan Stafrach. «On peut bien sûr adapter la pression d’air. Mais l’air n’amortit rien. L’amortissement est géré par l’hydraulique et mon travail est d’adapter cette hydraulique au poids et au niveau du pilote.» Les réglages seront ainsi très différents d’un pilote à l’autre. Un vététiste un peu âgé à la recherche du plaisir avant tout n’attend pas la même chose de sa fourche qu’un jeune de 25 ans «qui accepte d’avoir mal aux bras pour progresser en compétition de descente.»

« Mon but est d’adapter les réglages en réduisant leur plage au maximum autour du poids du pilote. »

Pas besoin non plus d’être un sportif aguerri ou spécialement «pointu» pour profiter d’une fourche et d’un amortisseur améliorés. «Cela s’adresse même aux débutants, car personne ne doit se priver d’avoir mieux», assure le spécialiste. Inutile aussi d’attendre que la performance décline avec le temps pour chercher à «tuner» ses suspensions. «D’origine, ces systèmes fonctionnent, mais on peut très bien me donner une fourche neuve afin de l’optimiser et commencer sur de bonnes bases. Même une fourche neuve peut être améliorée à 200 %, quelle que soit la marque, et je le garantis. Mon but est d’adapter les réglages en réduisant leur plage au maximum autour du poids du pilote», rappelle Morgan Stafrach. «Au lieu d’avoir 20 “clics” de réglage pour 20 poids de pilote différents, on aura 20 “clics” qu’un même pilote pourra utiliser en fonction du terrain où il évolue. Cela s’applique aux amortisseurs et aux fourches.»

Conseils personnalisés pendant une année

L’offre de PMB Suspension couvre les améliorations de suspensions, mais aussi les réparations et l’entretien, qui devrait se faire à intervalles réguliers. «La clientèle particulière est assez difficile à toucher», note Morgan Stafrach. «Les gens achètent souvent leur vélo pour une année et ne font pas forcément réviser leur fourche», explique-t-il. «Je travaille donc beaucoup avec les magasins. Les particuliers sont souvent des pilotes assez pointilleux sur leur choix.»

La machine qui garantit des purges sans la moindre petite bulle d’air dans l’hydraulique.

Chacun bénéficie ensuite d’un suivi et de conseils personnalisés. «Le tarif comprend aussi une assistance de réglage durant l’année. Si quelqu’un a un problème, il peut m’appeler pour mieux régler sa suspension en fonction du terrain. Pour le vététiste, ce n’est pas toujours évident de savoir comment sa fourche pourrait mieux fonctionner».

Le plaisir avant tout

Au bout du compte, «il s’agit juste d’avoir du plaisir sur son vélo et d’exploiter le maximum de ses capacités. Et on ne peut pas exploiter les capacités d’un vélo dont les suspensions sont mal réglées, ce n’est pas possible. C’est aussi une question de feeling, de confiance et de fatigue réduite». Le vélo, c’est déjà assez pénible comme ça. Et, en songeant à l’époque de ma Manitou à élastomères, ce n’était pas forcément mieux avant…

En pratique

Qui veut faire réviser ou améliorer sa fourche ou son amortisseur trouvera toutes les informations utiles sur le site de PMB Suspension. En particulier, une fiche descriptive à joindre à l’envoi postal des pièces ou à remettre lors de leur dépôt sur place.

«J’exécute le travail indiqué sur cette fiche et je renvoie les articles par la Poste avec des conseils de réglage pour la mise en route», explique Morgan Stafrach. «Je tiens des délais à l’année de 4 jours maximum», promet-il, «sauf si certaines pièces sont indisponibles pour une réparation. En général c’est plutôt 2 à 3 jours. Une fourche ou un amortisseur reçu le lundi est en principe réexpédié le mardi et livré le mercredi ou le jeudi.»

  • Tarifs: Une révision débute à 139.- francs (Rock Shox 32), et la différence est de 50/60.- pour une amélioration. “Cela reste correct par rapport au prix de la fourche”, estime Morgan. “Je pars du principe que lorsque l’on achète un vélo à plus de 2500.- francs c’est bien que le dérailleur fonctionne bien, mais qu’il est encore plus important que la fourche fonctionne très bien.”
  • Quels vélos? Tous les vélos, avec des fourches d’entrée de gamme sur un vélo de ville jusqu’à la plus grosse fourche de DH de compétition.
  • Quelles marques? Service, réparations et optimisations sont possibles pour fourches et amortisseurs de toutes les marques, sauf BOS.