«Les cyclistes sous-estiment souvent leur vitesse et la brutalité d’un éventuel accident», explique Darius Rochebin pour lancer le sujet consacré à l’augmentation des accidents impliquant des vélos électriques.

Sacré surprise vu que l’on apprend dans le reportage même que le nombre de blessés en vélo électrique a doublé ces dernières années, tandis que la vente de ces engins a été multipliée par dix. Et, à lire le Rapport Sinus 2015 du BPA (8.61 MB), les cyclistes sous-estiment surtout l’inconscience des automobilistes: «Dans 2∕3 des collisions ayant occasionné des blessures graves à un cycliste motorisé, l’usager antagoniste est le responsable principal de l’accident. Tant en termes absolus qu’en comparaison avec les cyclistes non motorisés, les utilisateurs de vélos électriques ont souvent des accidents aux giratoires ou aux carrefours classiques sans qu’une cause ne leur soit attribuée, car les véhicules motorisés leur refusent la priorité.» (page 42) C’est pourtant clair, non? Dans l’immense majorité des cas, le cycliste n’a rien à se reprocher. C’est particulièrement vrai dans les giratoires, où lors de collisions en obliquant à droite avec le trafic venant de gauche, le «conducteur du véhicule antagoniste» est en faute 99 fois sur 100 (graphique page 41) lors d’accidents impliquant un vélo électrique et 89 fois sur 100 avec un vélo normal (graphique page 39).

Prévention mal ciblée

Autre fait relevé dans le reportage, la gravité des blessures, plus importante en raison de la vitesse élevée. Ce que le BPA confirme dans son rapport: «Les accidents de vélos électriques sont en outre plus graves que ceux de vélos classiques.» Mais, mais, mais, car il y a un mais: «Cet état de fait est toutefois essentiellement dû à la structure des âges des utilisateurs. En effet, les cyclistes motorisés accidentés sont en moyenne plus âgés, et donc plus vulnérables que ceux non motorisés.»

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Le reportage illustre pourtant le problème: c’est l’automobiliste qui fait la « variante ». capture d’écran

Les cibles principale de la prévention devraient ainsi être les automobilistes, principale cause des accidents avec des cyclistes, et les personnes âgées, principales victimes. Évidemment, le TCS et la Police cantonale vaudoise s’adressent à des jeunes sans permis. Et la RTS nous bassine avec le port du casque et des cyclistes qui «sous-estiment souvent leur vitesse et la brutalité d’un éventuel accident.»

Le vrai danger? La voiture

Le message transmis est malheureusement que le vélo, qui plus est électrique, est dangereux, alors que c’est bien la BAGNOLE qui est en péril les autres usagers de la route. Cela ne se règle malheureusement pas avec un casque obligatoire pour les plus vulnérables, mais par des infrastructures adaptées et séparées pour les cyclistes. Aux Pays-Bas, le pays qui compte proportionnellement le plus de cyclistes au monde avec le Danemark, personne ou presque ne porte de casque à vélo. Le taux de cyclistes accidentés y est pourtant le plus faible au monde aussi.

Des pistes cyclables avant les casques

Alors, chère police et cher TCS, si vous voulez vraiment améliorer la sécurité des cyclistes, avec ou sans moteur électrique, ne vous gênez pas, poussez de toutes vos forces! Mais choisissez s’il vous plaît des solutions qui fonctionnent et qui existent plutôt que de faire peur aux gens et de mettre la faute sur des victimes qui n’y peuvent rien. Avant les casques, les cyclistes ont besoin de pistes cyclables, sûres et séparées. C’est aussi simple que cela. Peut-être trop.