Echange tunnel inutile contre 5000 kilomètres de pistes cyclables

Comme il y a peu de chances que j’aille rouler dans le tunnel du Gothard à vélo, avec un ou deux tubes, je me disais qu’il n’y avait pas vraiment de raison d’en parler ici. Même si je suis évidemment contre davantage de voitures, de camions, de bruit, de pollution et de nuisances en tous genres causées par le trafic motorisé. Je vous conseille par ailleurs l’émission « Irrespirable » du 26 janvier dernier sur ARTE, qui démontre bien l’impasse à laquelle à abouti la politique du « tout à la bagnole » du siècle dernier et qui se poursuit aujourd’hui sans aucune vision de nos politiques au pouvoir.

Entretenir la piste cyclable? « Trop cher »

Là où je me suis dit que cela vaudrait peut-être la peine que je m’exprime sur le Gothard, c’est quand la commune de Martigny m’a expliqué que la piste cyclable des Prises n’était pas déneigée pour des raisons économiques.IMG_8998

Piste cyclable - Martigny
En été, tout va bien…
En hiver, vous êtes priés de circuler en voiture, c'est plus sûr... Je passe sur le panneau qui indique la fin de liste cyclable juste pour laisser sortir les camions de la gravière, la piste cyclable revenant juste après. C'est une lumière qui a prévu cette signalisation qui se répète au carrefour suivant.
En hiver, vous êtes priés de circuler en voiture, c’est plus sûr… Je passe sur le panneau qui indique la fin de piste cyclable juste pour laisser sortir les camions de la gravière, la piste cyclable revenant juste après. C’est une lumière qui a prévu cette signalisation qui se répète au carrefour suivant.

J’en conclus d’abord que Martigny n’a pas de problème avec les voitures, ni de problème de bruit, de stationnement, de chauffards ou de pollution. Le canton du Valais non plus d’ailleurs, puisqu’une partie de ladite piste cyclable lui appartient et qu’elle n’est pas non plus déneigée pour les mêmes raisons « économiques ». IMG_8998-2 On parle de moins d’un kilomètre, ce qui doit bien prendre trois minutes avec une saleuse équipée d’une lame. Je ne sais pas à combien les services techniques concernés évaluent la vie d’un cycliste, mais ça ne pèse pas lourd, c’est certain. C’est dommage, car je suis aussi un automobiliste parfois, et encore un fils, un époux, un père de famille, un employé, un membre de société locales, un bénévole. Et, malheureusement, un cycliste qui utilise aussi son vélo pour aller travailler, en commissions ou se rendre à des séances. Malheureusement, oui. Car si vous êtes cycliste en hiver, votre vie ne vaut plus un clou et vous n’avez qu’à vous débrouiller parmi les voitures sur un pont d’autoroute.

Merci de m’encourager à ne pas aller sur la route principale avec mon vélo, mais je pensais que la piste cyclable était là pour ça.
Piste-cyclable-neige-branson
Et pour traverser le Rhône, je passe par quelle route de campagne?

En Valais, c’est « prenez votre bagnole »

Donc, en Valais, on préfère que les gens continuent à prendre leur bagnole plutôt que de les encourager à circuler à vélo et libérer de la place dans les centre-villes. En passant, ça coûte combien une place de parc (terrain, aménagement, entretien…)? À mon avis, une seule place de gagnée compense largement un kilomètre de saleuse pendant quelques hivers.

Trois millards: un tunnel ou 5000 km de pistes cyclables

Revenons au Gothard. Trois milliards de francs pour rénover de manière urgente un tunnel qui peut attendre jusqu’en 2035. Trois milliards pour encombrer les routes d’Uri, du Tessin et plus loin encore alors que l’on inaugure à peine un tunnel de base ferroviaire. Trois milliards. Vous savez combien de kilomètres de pistes cyclables de trois mètres de large, asphaltées, drainées et éclairées on peut construire avec trois milliards de francs, tout en se basant sur les chiffres officiels de la confédération? Cinq mille kilomètres. Oui, cinq mille. Largement de quoi couvrir la Suisse d’itinéraires cyclables pour aller à l’école, au boulot, faire ses courses en toute sécurité, à l’écart du trafic automobile. Mais si on n’a même pas les moyens d’entretenir le peu d’infrastructures existantes alors que l’on veut se dépêcher de claquer trois milliards de francs, je n’ose pas imaginer ce que ce sera quand on les aura dépensés (les trois milliards).

Les moyens de ne pas investir dans le vélo?

Lorsque des études sérieuses sont menées, comme récemment à Copenhague, il ressort que d’investir dans le vélo rapporte à la société en termes de pollution réduite, de santé publique, de confort, de diminution des accidents et j’en passe. Plutôt que de renoncer à entretenir les voies cyclables en hiver pour des raisons de coûts vus par le petit bout de la lorgnette, il vaudrait mieux se poser la vraie question pour une amélioration de notre qualité de vie à long terme: avons-nous les moyens de ne pas investir dans le vélo? Ou est-ce trop cher de faire des économies?

Auteur : Joakim Faiss

Père de famille - Cycliste - Journaliste - Rédacteur en chef du Magazine Vélo Romand. Vélos actuels: Thömus Sliker (route), Rocky Mountain Element 970 (VTT), Specialized Diverge Expert (gravel), Specialized Crux (cyclocross), BMC Alpenchallenge (urbain). Bière préférée: Velosophe,Triple Karmeliet Pratiques: Vélo de route, cyclocross, VTT cross country, VTT marathon, VTT all-mountain.Où est le problème?

8 réflexions sur « Echange tunnel inutile contre 5000 kilomètres de pistes cyclables »

  1. bravo bel article !
    ici à g’nèèève c’est pire, la voirie déblaie routes & trottoirs en déversant la neige sur les pistes cyclables, formant des congères qui stagnent parfois plusieurs semaines :((

  2. Merci Joakim pour ce (nouveau) coup de gueule salutaire! Habitant Martigny, je trouve aussi qu’on reste trop peu respectés par les automobilistes – et ce particulièrement en Valais – et aussi en partie par les autorités. Des efforts louables ont certes été réalisés (à MY en tout cas: stationnements vélos, passerelle et itinéraire mobilité douce, développement des zones 30), mais force est de constater que le nombre de cyclistes stagne en dépit de conditions objectives relativement bonnes – p. ex. en comparaison avec la région lausannoise. On se sent encore bien isolé – voire marginal – en tant que cycliste « au quotidien ». Alors, manque de volontarisme politique? Culture de la bagnole particulièrement forte? Le vélo n’est malheureusement pas encore perçu comme une solution crédible et efficace, tant par les édiles que la population.

    1. Le problème étant que les personnes qui réalisent « ces efforts louables » sont souvent aussi complètement étrangères à la pratique du vélo. Ils prennent donc deux-trois mesures populaires et facile à mettre en avant et quantifiables du genre « on a construit x parkings, y km de piste cyclables » (qui ne sont parfois que de vulgaires bandes mal agencées ou qui apparaissent et disparaissent au bonheure la chance). Dans la pratique on constate que certaines pistes cyclables sont parfois peu ou pas entretenues/salées et/ou imposent des aller/retours incessants sur la chaussée (l’exemple montré par joakim avec les sorties de camions en est une parmi pleins d’autres) qui les rendent parfois plus dangereuses que de rester sur la route elle-même.

      1. Certes: des mesures imparfaites (parcs vélos inadaptés ou non entretenus p.ex.), contradictoires (exemple absurde mentionné par Joakim, interdiction de transiter à vélo sur la Place centrale lorsqu’elle est fermée au trafic…) et insuffisantes…
        Pas du tout sûr cependant que ce sont des « mesures populaires » dans le contexte valaisan, ni que la volonté de bien faire ait été sincère.
        Mon point principal était plutôt que dans le cas précis, on voit que les infrastructures ne suffisent simplement pas à booster la pratique, ce qui a pu être le cas ailleurs.

    2. Le problème est autant le manque d'infrastructures cyclables que leur discontinuité quand il y en a. Un réseau n'est jamais meilleur que son pire tronçon et cela suffit à décourager les gens. À quoi sert une belle piste cyclable si je me dois me mêler au trafic automobile au prochain carrefour?

      De plus, certaines infrastructures récentes, qui ont l'air tout à fait adaptées ne résistent pas à l'analyse, ou à un usage spontané et pragmatique. Comme avec les pistes/bandes cyclables vers le Motel des Sports (rue du Forum), ou à la rue des Morasses à Martigny . On fait passer les cycliste exactement dans la zone d'ouverture des portières des autos. N'importe quel cycliste un peu réveillé aurait pu le signaler et là je rejoins Opignon libre, les concepteurs de ces trucs ne font pas de vélo ou n’utilisent pas le vélo pour se déplacer.

      Après, les aménagements seuls, tant qu'ils ne seront pas vraiment séparés, abondants et permettant d'aller partout ne suffiront pas. Circuler en voiture doit devenir moins confortable que le vélo pour certains trajets en ville. À Groningen, la ville a été séparée en quatre quartiers. Impossible de passer directement de l'un à l'autre sans faire le tour de la ville. Le vélo est plus confortable et rapide. Les gens ne choisiront jamais le vélo en masse juste par souci écologique ou de bien-être personnel. Pour la commodité, la vitesse et la sécurité, oui. Les villes des Pays-Bas ou du Danemark des années 1960 ressemblaient au nôtres: grises, polluées, bourrées de bagnoles. Ils ont décidé que cela suffisait et les ont enlevées, sous une forte pression populaire, il est vrai. Et là je rejoins Arnaud, tant que nos politiques ne voient pas le vélo comme une alternative de transport crédible, on n’avancera pas. A nous aussi de leur rappeler que si les centres des villes et des villages se vident de leur commerce, c’est à cause de la voiture et des centre commerciaux en périphérie prévus pour elle.

  3. Malheureusement en Suisse, circuler à vélo est un combat de tous les jours… je vous rassure, dans la région Neuchâteloise, les conditions ne sont guère meilleures !

    1. Bonjour tous,j’ajouterai qu’à Genève les futés qui gère la circulation n’ont rien trouvé de mieux qu’autorisé les scooters à rouler sur les pistes cyclable en site non propre c’est à dire les lignes peintes au sol.
      Les sites propres(avec une bordure en pente ou séparée de la circulation) leur sont interdite mais les scooters pressés ou volontairement ignorant les empruntent sans vergogne.
      Un comble alors qu’elles sont faites justement pour assurer la sécurité des cyclistes et vu les bourrins en T-max(pour ne citer qu’eux) qui essorent la poignée pour arriver plus vite au feux rouge qui roulent par ici c’est parfois assez chaud.
      De plus la police genevoise qui aime bien se focaliser sur les cyclistes qui empruntent les voies de trams sous prétexte que c’est dangereux,
      font des actions coup de poing sur plusieurs jours en verbalisant tout contrevenant.
      Le fait est qu’il est moins dangereux de prendre ces voies et se dévier quand un tram arrive toute les 4 à 5 minutes que se taper la circulation archi dense et vraiment dangereuse celle là.
      Deux poids,deux mesures donc. Beaucoup de travail et d’élus qui font du vélo sont à espérer!

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